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Un choix à faire: prendre le risque de se solidariser avec les personnes déracinées. Déclaration du Comité central du COE (1995) INTRODUCTION L'urgence que représente la situation des réfugiés, des personnes déplacées et des migrants à travers le monde a conduit le Comité central du Conseil oecuménique des Eglises à adopter à l'unanimité, le 22 septembre 1995, une déclaration de vaste portée sur la question des personnes déracinées. Par cette déclaration, il invite les Eglises du monde à considérer la situation des personnes déracinées comme l'une des grandes crises de notre temps, et à oser concrètement devenir l'Eglise de l'étranger en accueillant les réfugiés, les migrants et les autres personnes déracinées et en se solidarisant avec eux.Pour encourager les Eglises à agir d'une manière visible et novatrice, le Comité central les a aussi invitées à faire de l'année 1997 l'année oecuménique de solidarité avec les personnes déracinées. Le présent document établit un nouveau mandat, englobant sous l'appellation "personnes déracinées" tous ceux qui sont contraints de quitter leur pays d'origine pour des raisons politiques, économiques ou à cause de la dégradation de l'environnement. Parmi les nouveaux concepts qu'elle avance, la déclaration propose notamment que les droits et les responsabilités de la personne humaine soient substantiellement étendus et incluent le droit des personnes à demeurer dans leur pays d'origine et à y vivre dans la sécurité et la dignité. |
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| D'importantes
consultations
Un groupe d'examen, composé d'experts rattachés aux Eglises
de six régions et jouant le rôle de comité de rédaction,
a aidé le Comité central à préparer le projet
de déclaration.
Celle-ci est adressée aux Eglises qu'elle encourage à s'engager
pleinement dans un ministère auprès des personnes déracinées.
C'est en effet lorsque les Eglises sont pleinement engagées que
leur témoignage et les actions qu'elles entreprennent sont crédibles
et efficaces.
Dans une résolution accompagnant l'adoption de la déclaration,
le Comité central a appelé les Eglises membres et les institutions
qui leur sont rattachées:
Proposant une première campagne qui pourrait susciter leur
mobilisation à l'échelon mondial, le Comité central
a appelé les Eglises à "prendre des mesures immédiates
propres à assurer la sécurité et la réintégration
des réfugiés rentrant chez eux et des personnes déplacées
dans leur propre pays; il s'agit notamment de récolter des
signatures, grâce aux communautés locales, pour protester
contre la fabrication de mines antipersonnel [...]"
C'est
avec plaisir que nous fournirons à ceux qui en font la demande
des informations complémentaires sur les questions et les activités
mentionnées dans cette déclaration et réunies dans
un document préparé spécialement.
Le pasteur Myra Blyth
Partout
dans le monde, des hommes et des femmes sont arrachés à
leur lieu de vie traditionnel par la violence et le désespoir.
Des millions de personnes ont été déplacées
et attendent l'occasion qui leur permettra de rentrer chez eux.
A mesure que les guerres se prolongent, que la situation économique
se détériore et que l'environnement se fragilise, les
chances de pouvoir trouver des solutions à leur problème
deviennent de jour en jour plus minces. Les gouvernements, un peu
partout, ferment leurs frontières. Trop souvent les Eglises,
elles aussi, se détournent des étrangers qui viennent
frapper à leur porte.
Combien de souffrances vécues par des êtres humains, par
des familles déchirées, combien de désespoir, de
tourments se cachent derrière ce phénomène mondial
de déracinement. Plus d'une personne sur cinquante est actuellement
réfugiée ou migrante dans le monde. La plupart sont des
femmes, des jeunes et des enfants. La majorité ont quitté
un pays du Sud et restent dans le Sud.
Des hommes et des femmes quittent leur communauté pour diverses
raisons et on les désigne par des noms divers : réfugiés,
personnes déplacées à l'intérieur de leur propre
pays, demandeurs ou requérants d'asile, migrants économiques.
En tant qu Eglises, nous nous plaçons aux côtés de
tous ceux et celles que des situations politiques, sociales et économiques
insupportables ont obligés à quitter leur pays et leur
milieu culturel, quelle que soit l'étiquette qu on leur donne.
Les personnes déracinées sont les personnes qui sont forcées
de quitter leur lieu de vie traditionnel: tous ceux et celles qui
fuient la persécution et la guerre, qui sont déplacés
à cause de la destruction de leur environnement naturel, forcées
de chercher des moyens de subsistance dans la ville ou à l'étranger
parce qu ils n en trouvent plus chez eux. Cette déclaration
veut porter l'attention sur les personnes déracinées,
sachant que beaucoup d'autres vivent dans des situations tout aussi
difficiles.
Les mouvements de population sont un phénomène permanent
dans l'histoire de l'humanité, bien qu ils aient pris, ces
derniers temps, une ampleur alarmante. Nous vivons tous dans des
sociétés multiculturelles, pluri-ethniques, multilingues,
et pourtant nous ne voyons pas le Christ dans l'étranger qui
est parmi nous. Lorsqu une Eglise se ferme à l'étranger,
qu'elle ne cherche plus à être une communauté accueillante
à tous comme signe et avant-goût du royaume à venir,
elle n'a plus de raison d'être. Nous appelons toutes les Eglises,
partout dans le monde, à redécouvrir leur identité,
leur intégrité et leur vocation à être l 'glise
de l'étranger. Le ministère auprès des personnes
déracinées a toujours été reconnu comme une
dimension de la diaconie, bien que dans beaucoup d'Eglises il n'ait
eu qu'un rôle marginal. Nous affirmons, quant à nous,
qu'il s'agit d'une question qui concerne toute l'Eglise. Nous sommes
une Eglise de l'étranger - l'Eglise de Jésus Christ l'étranger.
(Matthieu 25, 31-46)
Devant la politique de plus en plus restrictive des gouvernements
et devant l'hostilité grandissante du grand public à l'égard
des étrangers, les Eglises sont appelées, comme jamais
auparavant, à faire un choix: seront-elles Eglise de l'étranger
et prendront-elles le parti des personnes déracinées,
ou bien se détourneront-elles du problème en préférant
l'ignorer? L'inscriront-elles simplement dans le cadre de leur action
en faveur des réfugiés ou bien seront-elles la manifestation
de l'universalité de l'Evangile et le lieu d 'ccueil pour ceux
et celles qui revendiquent le respect de leur dignité humaine?
La koinonia est coûteuse et exige que nous assumions toutes
les conséquences du don de nous-mêmes aux autres. Il y
a des pays où il est dangereux de travailler auprès des
personnes déracinées. Souvent, vouloir faire quelque chose
pour ces personnes n'est pas très bien vu dans les paroisses
locales qui pensent qu 'l y a déjà suffisamment de problèmes
touchant "leurs propres membres". Lorsque nous dénonçons
les injustices qui mènent au déracinement, il faut que
nous soyons prêts à affronter le pouvoir et les privilèges
en place et à en payer le prix.
Cette déclaration s'adresse aux Eglises. En tant que communauté
chrétienne, nous devons reconnaître et confesser nos erreurs,
et prendre le chemin de la conversion et du renouveau. Pour être
crédibles, notre témoignage et notre action de soutien
doivent être fondés sur notre expérience et notre
engagement ainsi que sur nos convictions. La souffrance des personnes
déracinées nous rappelle que notre monde est un monde
injuste. La dégradation des conditions sociales et politiques
et la violation des droits de la personne humaine nous poussent
impérativement à réagir contre les systèmes
et structures injustes, qui sont des manifestations du péché.
NOUS SOMMES REVOLTES PAR LA VIOLENCE ET L'INJUSTICE QUI DERACINENT
DES ETRES HUMAINS ET PAR LA SOUFFRANCE QUE CE DERACINEMENT PROVOQUE.
Les multiples causes du déplacement forcé de personnes:
1. Les guerres, les conflits civils, la violation des droits de
l homme, la persécution pour des raisons politiques, religieuses,
ethniques ou sociales, qui sévissent partout dans le monde,
sont aujourd'hui les causes principales du déplacement forcé
des personnes.
Des conflits ethniques et nationalistes, étouffés pendant
un temps, ont resurgi avec force au cours de la dernière décennie
et se sont transformés en guerres ouvertes. La religion et
l'appartenance ethnique sont utilisées pour justifier des visées
nationalistes et sont devenus des facteurs de division dans des
sociétés pluralistes. Les civils sont de plus en plus
souvent victimes de la violence, aggravée par le fait que les
belligérants se procurent de plus en plus aisément des
armes et des mines antipersonnel. Et cette violence a causé
le déplacement de millions d hommes et de femmes: il y a actuellement
30 millions de personnes déplacées à l'intérieur
de leur propre pays et 19,5 millions de réfugiés dans
d'utres pays.
La violence infligée à des personnes, des communautés
et des peuples entiers détruit aussi le tissu social, l'infrastructure
économique et l'environnement naturel. Cette destruction de
la vie communautaire est la cause la plus tragique des migrations
forcées.
Dans une situation de guerre et de conflit, la violence exercée
envers les femmes et les jeunes filles devient souvent une stratégie
de guerre; le viol sert de moyen politique pour humilier les femmes
et les hommes, les déplacer et détruire la communauté
de vie.
La violation généralisée des droits de la personne
humaine est une cause majeure forçant les personnes à
chercher asile dans un autre pays. Dans de nombreux pays, on prive
les hommes, les femmes et les enfants de leurs droits juridiques,
on les torture, les enlève, les assassine; on soumet les femmes
et les jeunes filles à des abus sexuels.
Le déplacement délibéré de populations autochtones
et colonisées en vue de les exproprier de leurs terres et de
leurs ressources continue d'être une forme brutale de déracinement
forcé.
2. L'effondrement des conditions économiques et sociales qui
permettaient aux gens de subvenir à leurs besoins dans leur
pays et dans leur communauté traditionnelle accélère
le déplacement des populations.
La dégradation des conditions de vie s'explique en particulier
par la mondialisation de l'économie. Ce phénomène
maintient et creuse même les inégalités qui existent
à l'intérieur des pays et entre eux en termes de richesses
et de revenus. Les nouvelles relations commerciales s'établissent
au détriment de pays les plus faibles sur le plan économique.
D'importantes innovations techniques contribuent à rentabiliser
la production et les services, mais favorisent aussi une croissance
qui n'est pas créatrice d'emplois. Dans toutes les régions
du monde, le chômage permanent ne fait qu'augmenter, il marginalise,
exclut, pousse les gens à se déplacer. L'économie
à forte intensité de capital crée trop peu d'emplois
pour le nombre croissant de personnes en âge de travailler.
L'endettement croissant, accompagné de mesures d'ajustement
structurel imposées de l'extérieur et d une politique
fiscale restrictive, rend la lutte pour la survie plus difficile
encore. En même temps, les gouvernements se démettent
souvent de leur responsabilité en matière de programmes
d'aide sociale. En décidant de réduire les dépenses
sociales, telles que celles touchant la santé et l'éducation,
tout en maintenant ou en augmentant les budgets militaires, ils
créent des conditions menant à l'appauvrissement de la
population et, en fin de compte, à la déstabilisation.
L'impact des programmes d'ajustement structurel sur les êtres
humains se mesure en particulier à l'augmentation de la mortalité
infantile et de la malnutrition, de maladies évitables et de
l'analphabétisme parmi les enfants du monde "en voie de développement".
Ce sont les femmes, principales pourvoyeuses de nourritures de la
famille, qui en portent le poids et qui sont obligées de lutter
pour la faire survivre. De plus en de plus de personnes n'ont ainsi
d'autre choix que de quitter leur communauté à la recherche
de travail et de nourriture.
Quelque 10 millions de personnes sont déplacées chaque
année, victimes des plans de "développement", comme la
construction de barrages qui provoque l'inondation de vastes superficies
ou le remplacement de l'agriculture de subsistance par l'agriculture
commerciale mécanisée.
3. La destruction de l'environnement est devenue une cause importante
de déplacement massif de populations. La destruction de l'environnement
naturel, telle que la déforestation, la destruction du sol
superficiel, la désertification, et la dégradation de
la terre arable sans possibilité de récupération,
rendent invivable le cadre de vie traditionnel. On estime que quelque
10 à 25 millions de personnes ont été déplacées
pour des raisons écologiques.
La production, les essais et le déploiement d'armements à
la fois pour les besoins de l'entraînement militaire en temps
de paix et pour ceux de la guerre ont une incidence grave sur l'environnement
et rendent les terres inutilisables pour l'agriculture et invivables
pour les êtres humains. La reprise des essais nucléaires
menace la survie des communautés et risque de provoquer des
déplacements permanents de population. L'élévation
du niveau de la mer et l intensité accrue des tempêtes,
cyclones, raz de marée et tremblements de terre risquent d
intensifier les déplacements de populations dans un proche
avenir. Ces premiers effets du réchauffement de la planète,
s'ils ne nous incitent pas à adopter des mesures concrètes,
aboutiront à la disparition des nations insulaires et d'autres
basses terres densément peuplées dans les prochaines décennies.
L'épuisement des ressources naturelles, associé à
la dégradation économique, non seulement contraint les
gens à quitter leur communauté, mais est aussi une cause
de conflit et de lutte pour des ressources de plus en plus rares.
Le
sort des personnes déracinées, victimes de l'indifférence:
La tendance générale, un peu partout, est de fermer les
yeux sur les causes et les conséquences du déplacement
forcé des personnes. Il est vrai qu aucune société
ne peut accueillir un nombre illimité de personnes déplacées,
mais trop peu d'attention est donnée et trop peu de ressources
consacrées à l'élimination des conditions qui sont
les causes du déplacement.
La solidarité publique avec ceux et celles qui fuient la violence
et la misère s'érode de plus en plus dans toutes les parties
du monde. On assiste à une montée du racisme et de la
xénophobie qui s'exprime dans la violence ouverte exercée
à l'encontre des réfugiés et des immigrés. Et
ceux-ci deviennent souvent les boucs émissaires des tensions
sociales et économiques et les cibles d une haine de plus en
plus vive.
Dans de nombreux pays, le jeu combiné de l'hostilité publique
et des politiques gouvernementales restrictives met en danger les
valeurs et le droit démocratiques. Les mesures proposées
ou mises en pratique pour contrôler l'arrivée des étrangers
dans un pays limitent souvent aussi les droits civiques et les droits
fondamentaux des citoyens et des résidents du pays.
Les règles du droit international ne sont pas appliquées
aux besoins particuliers des femmes et des enfants déracinés
en matière de protection. Certains dirigeants religieux évitent
de prendre position ou ne veulent pas prendre position contre la
violence que la communauté exerce à l'encontre des étrangers
ou des "autres". Trop d'institutions religieuses, y compris des
Eglises, restent indifférentes au problème. Trop peu de
paroisses sont prêtes à accueillir ou à inclure en
leur sein des personnes d'une origine raciale, ethnique ou nationale
différente. De nombreuses Eglises et de nombreux chrétiens
restent alliés à des structures d'exclusion et d'oppression.
Les
conséquences humaines du déracinement:
Les personnes déracinées vivent de nombreuses pertes:
perte de la famille, des amis, du milieu communautaire, perte des
points de repère spirituels, religieux et culturels qui fondent
l'identité humaine et la déterminent; perte du statut
social; perte des biens, de l'emploi et des ressources économiques.
Elles sont confrontées à toutes ces conséquences
du déracinement à la fois. Pour les personnes venant de
milieux ruraux et autochtones, la perte de la terre est en même
temps la perte du pouvoir économique et de l'identité
culturelle et spirituelle.
La violence, le rejet et l'hostilité raciste envers les personnes
déracinées aggravent encore le traumatisme causé
par la migration forcée du fait qu'elles restreignent leur
mobilité, leur participation à la vie de la société
et les possibilités d'accès à un emploi et aux services
dans les pays de transit ou de refuge. Cette violence et cette injustice
s'inscrivent dans la vague du racisme et de la xénophobie qui
déferle sur le monde entier, assurant à certains les privilèges
et la sécurité et confinant les autres dans l'insécurité
et l'exclusion.
Les bouleversements que subissent les personnes fuyant la persécution
et la guerre sont particulièrement douloureux. Ce sont les
femmes et les enfants qui sont les plus touchés. La violence
sexuelle que craignent ou subissent les femmes et les jeunes filles
déracinées mine leur dignité humaine et leur intégrité
de personne et constitue une barrière à leur participation
à la vie de la société. Leur bien-être physique,
émotionnel et psychologique est profondément perturbé.
Le trafic organisé d'hommes, de femmes et d'enfants est une
forme nouvelle d'esclavage qui s'accompagne de son inévitable
corollaire qu'est l'anéantissement de la dignité et du
bien-être des individus et des familles.
Les enfants qui se trouvent séparés par la force de leur
famille et des structures communautaires de soutien sont particulièrement
vulnérables à tout ce qui menace leur vie et leur sécurité.
Lorsque ces enfants vivent dans des camps de réfugiés
ou dans des situations de guerre, l'interruption de la scolarité
crée des lacunes de connaissances, qui ont une incidence à
long terme sur leur vie future et sur leur société. La
violence et l'injustice qui déracinent les personnes, et les
souffrances qui en résultent, nous forcent à réaffirmer
nos convictions chrétiennes comme fondement de notre action
face à cette situation.
EN TANT QUE CHRETIENS, NOUS DEFENDONS CES CONVICTIONS:
1. Nous affirmons le caractère sacré de la vie humaine
et de la création.
"Au
commencement Dieu créa le ciel et la terre ... et Dieu vit
que cela était bon ... Dieu créa l'homme et la femme à
son image ... " (Genèse 1).
Toutes les personnes humaines sont faites à l 'mage de Dieu.
Le respect de la dignité humaine et de la valeur de tout être
humain, quels que soient son âge, ses capacités, son appartenance
ethnique, son sexe, sa classe, sa nationalité, sa race, sa
religion, fait partie du fondement de notre foi. Notre foi nous
force à veiller à ce que la vie humaine, l'intégrité
physique et la sécurité personnelle de chacun soient garanties
par le droit et les institutions.
Aucune société ne peut vivre en paix avec elle-même
et avec le monde sans une pleine reconnaissance de la valeur et
de la dignité de toute personne humaine et du caractère
sacré de la vie humaine.
Le don qui nous a été fait des ressources de la terre
va de pair avec la responsabilité de sauvegarder et de protéger
la création. Si la création n est plus protégée,
les êtres humains sont déplacés.
Les chrétiens puisent leur force dans la tradition prophétique
et dans le chapitre 21 de l Apocalypse où il est question d
un Dieu qui "fait toutes choses nouvelles" et appelle à participer
à son oeuvre de renouveau.
2. Les valeurs bibliques de l amour, de la justice et de la paix
nous obligent à apporter une nouvelle réponse, en tant
que chrétiens à la question des marginalisés et des
exclus.
"Tu
aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme
et de toute ta pensée. C'est là le grand, le premier commandement.
Un second est aussi important: Tu aimeras ton prochain comme toi-même"
(Matthieu 22, 37-39).
Le royaume de Dieu est la vision d'un monde juste et uni. Les prophètes
de l'Ancien Testament et Jésus, à travers son enseignement,
nous appellent à libérer le peuple de Dieu; ils nous appellent
à lui donner le courage de devenir une communauté différente
et d oeuvrer pour la paix et la justice, en s'attaquant aux causes
du déracinement des personnes.
Le commandement d'aimer Dieu et d'aimer son prochain comme soi-même
est au coeur de l'enseignement de Jésus. Les chrétiens
sont appelés à répondre à la bonne nouvelle
de la préférence de Dieu pour les marginalisés et
les exclus. L'amour de Jésus est inconditionnel. Il n'a pas
hésité à payer le prix de l'amour qui va jusqu'au
don de soi. Le prophète Michée (6, 8) exhorte les fidèles
à respecter le droit, à aimer la fidélité et
à s'appliquer à marcher avec leur Dieu. Il n'y a pas de
paix sans justice, ni de justice réelle sans paix (Amos 5,24).
Notre foi nous oblige à lutter en faveur de la justice et de
la paix pour tous, à oeuvrer pour un monde où les institutions
économiques, politiques et sociales sont au service des êtres
humains et non l'inverse.
Dans la tradition du jubilé (Lévitique 25, Deutéronome
15, Esaïe 61, 1-2), la compassion s'accompagne d'un engagement
renouvelé en faveur de la justice et de la paix. Le jubilé
est un nouveau commencement, le point de départ d'un processus
de réconciliation et de restauration de la communauté,
la naissance d'un nouvel espoir.
3. L'appel biblique à construire une société sans
exclusive exige que nous accompagnions les personnes déracinées
dans le service et le témoignage.
"Ainsi
vous n êtes plus des étrangers, ni des émigrés;
vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la famille
de Dieu" (Ephésiens 2, 19).
Jésus lui-même avait été rejeté par bien
des membres de son propre peuple parce qu'il s'identifiait avec
les marginalisés et les exclus. L'Evangile nous apprend qu
il a fait de l'amour de l étranger et de l ennemi la marque
distinctive de la communauté sans exclusive des enfants de
Dieu. En cela, il a suivi la tradition d'hospitalité à
l'égard de l'étranger que l'on trouve dans l'Ancien Testament
(Exode 23,9; Lévitique 19,33-34; Deutéronome 24,14-19;
Jérémie 5-7).
Les chrétiens sont appelés à être aux côtés
des opprimés, des persécutés, des marginalisés
et des exclus dans leurs souffrances, leurs luttes et leurs espoirs.
Un ministère d'accompagnement et de défense des personnes
déracinées est conforme aux principes du témoignage
prophétique et du service, de la diaconie. Nous ne pouvons
pas déserter ceux qui se trouvent dans le besoin, ni fixer
des limites à notre compassion (Hébreux 13, 2; Luc 10,
25-37; Romains 12, 13).
Tandis que le peuple de Dieu a choisi de s'établir pour remplir
sa vocation à la mission et au service et sa vocation à
vivre dans la promesse, le pèlerinage de foi de ceux qui souffrent
du déracinement fait partie de l'héritage de l'Eglise
tout entière. De même que l'amour de Dieu a été
illustré dans l'histoire de l'Eglise par les récits d'exil
de l'Ancien Testament, de même l'Eglise aujourd hui reçoit
le message de Dieu par le témoignage des personnes déracinées.
En proclamant l'Evangile d 'spérance pour tous et en se souvenant
de la communion en Jésus Christ fondée en sa mort et sa
résurrection, les Eglises vivent leur vocation de communauté
sans exclusive, en accompagnant ces personnes, en partageant leurs
espoirs et leurs souffrances et en leur ouvrant un espace de vie.
Nos convictions chrétiennes exigent que nous renouvelions l'action
des Eglises en vue de défendre la vie et la dignité humaine,
d'oeuvrer pour la justice et la paix et de créer une communauté
avec les personnes déracinées.
NOUS APPELONS LES CHRETIENS ET LES EGLISES A AGIR
Notre action doit commencer par un examen critique de nos succès
et nos échecs, par une nouvelle prise de conscience du rôle
que les Eglises ont à jouer face au problème des personnes
déracinées et aux causes de leur déracinement. Ce
renouveau exige que la réflexion théologique et biblique
sur les situations qui provoquent le déplacement des personnes
et sur les besoins de ces personnes retrouve une place centrale
dans la vie de l'Eglise. Il faut que les problèmes des personnes
déracinées soient portés à la connaissance des
instances décisionnelles et des organisations qui fournissent
les ressources. Il faut mettre en place, dans les Eglises, des organes
et des programmes qui prennent en charge ces problèmes ou,
s'ils existent déjà, les renforcer.
C'est une tâche oecuménique et mondiale. Il faut que les
Eglises collaborent entre elles et avec d'autres secteurs de la
société civile. De nombreuses organisations sont engagées
dans la solidarité avec les personnes déracinées;
aucune ne peut répondre seule aux causes systémiques du
déracinement.
La recherche de solutions viables aux causes et aux conséquences
du déracinement exige aussi que l'on intervienne auprès
des gouvernements. Cela signifie que les Eglises doivent étudier
comment négocier des compromis dans le cadre des débats
politiques nationaux et internationaux tout en restant fermes dans
leurs convictions.
A nous-mêmes, aux Eglises membres du Conseil oecuménique
des Eglises et aux organisations oecuméniques qui leur sont
associées, nous lançons un appel pour que tous s'engagent
dans des actions destinées à défendre la vie et la
dignité humaine, promouvoir la justice et la paix dans le monde,
et accompagner les personnes déracinées. Ces actions peuvent
prendre des formes diverses selon les contextes nationaux et régionaux,
et selon les possibilités des Eglises. Nous demandons aux Eglises
de se soutenir mutuellement et d oeuvrer ensemble.
1.
PROTEGER LA VIE ET LA DIGNITE DES PERSONNES DERACINEES
Nous prions instamment les Eglises membres de protéger toutes
les personnes déracinées - les réfugiés, les
personnes déplacées à l'intérieur des frontières
de leur propre pays, les migrants - et de veiller à ce qu'elles
soient respectées. A. Protéger la vie et garantir la sécurité
B.
Défendre les droits juridiques et les droits de la personne
humaine
C.
Promouvoir les règles internationales existantes
2.
OEUVRER EN FAVEUR DE LA JUSTICE ET DE LA PAIX
Nous prions instamment les Eglises de prendre des mesures concernant
les causes fondamentales du déplacement forcé.
A.
Etudier les raisons politiques, économiques, sociales et écologiques
du déracinement
B.
Participer pleinement aux efforts de paix et de règlement des
conflits
C.
Oeuvrer en faveur d'une vie économique et sociale épanouie
D.
Promouvoir le droit des personnes à demeurer dans leur pays
d'origine et à y vivre dans la sécurité et la dignité
3.
CREER UNE COMMUNAUTE AVEC LES PERSONNES DERACINEES
Nous invitons les Eglises à accompagner les personnes déracinées
en leur offrant divers services dans le cadre de leur ministère
diaconal, et en leur prodiguant un soutien et une solidarité
sans discrimination.
A.
Accompagner les personnes déracinées dans leurs décisions
de rester ou de partir et de rentrer chez elles
B.
Assurer les services d'aide matérielle, sociale et spirituelle
nécessaires
C.
Soutenir les initiatives des personnes déracinées
D.
Etre l'Eglise avec les chrétiens déracinés
E.
Vivre dans la diversité
F.
Restaurer la solidarité publique
SIGNES D'ESPOIR
Même si de nombreuses personnes ont tendance à se détourner
des étrangers qui vivent parmi elles ou à les ignorer,
il y a des chrétiens et des Eglises qui se rangent aux côtés
des personnes déracinées. Certaines Eglises s'identifient
aux étrangers et aux exilés depuis des siècles. Des
signes d'espoir se manifestent dans les initiatives que prennent
des communautés et des Eglises, partout dans le monde, pour
créer de nouveaux ministères, de nouveaux outils de coopération
oecuménique et de nouveaux modes d'action qui permettront de
mieux défendre la dignité humaine et de créer des
communautés responsables:
C'est
avec plaisir que nous fournirons à ceux qui en font la demande
des informations complémentaires sur les questions et les activités
mentionnées dans cette déclaration et réunies dans
un document préparé spécialement.
Le pasteur Myra Blyth
Partout
dans le monde, des hommes et des femmes sont arrachés à
leur lieu de vie traditionnel par la violence et le désespoir.
Des millions de personnes ont été déplacées
et attendent l'occasion qui leur permettra de rentrer chez eux.
A mesure que les guerres se prolongent, que la situation économique
se détériore et que l'environnement se fragilise, les
chances de pouvoir trouver des solutions à leur problème
deviennent de jour en jour plus minces. Les gouvernements, un peu
partout, ferment leurs frontières. Trop souvent les Eglises,
elles aussi, se détournent des étrangers qui viennent
frapper à leur porte.
Combien de souffrances vécues par des êtres humains, par
des familles déchirées, combien de désespoir, de
tourments se cachent derrière ce phénomène mondial
de déracinement. Plus d'une personne sur cinquante est actuellement
réfugiée ou migrante dans le monde. La plupart sont des
femmes, des jeunes et des enfants. La majorité ont quitté
un pays du Sud et restent dans le Sud.
Des hommes et des femmes quittent leur communauté pour diverses
raisons et on les désigne par des noms divers : réfugiés,
personnes déplacées à l'intérieur de leur propre
pays, demandeurs ou requérants d'asile, migrants économiques.
En tant qu Eglises, nous nous plaçons aux côtés de
tous ceux et celles que des situations politiques, sociales et économiques
insupportables ont obligés à quitter leur pays et leur
milieu culturel, quelle que soit l'étiquette qu on leur donne.
Les personnes déracinées sont les personnes qui sont forcées
de quitter leur lieu de vie traditionnel: tous ceux et celles qui
fuient la persécution et la guerre, qui sont déplacés
à cause de la destruction de leur environnement naturel, forcées
de chercher des moyens de subsistance dans la ville ou à l'étranger
parce qu ils n en trouvent plus chez eux. Cette déclaration
veut porter l'attention sur les personnes déracinées,
sachant que beaucoup d'autres vivent dans des situations tout aussi
difficiles.
Les mouvements de population sont un phénomène permanent
dans l'histoire de l'humanité, bien qu ils aient pris, ces
derniers temps, une ampleur alarmante. Nous vivons tous dans des
sociétés multiculturelles, pluri-ethniques, multilingues,
et pourtant nous ne voyons pas le Christ dans l'étranger qui
est parmi nous. Lorsqu une Eglise se ferme à l'étranger,
qu'elle ne cherche plus à être une communauté accueillante
à tous comme signe et avant-goût du royaume à venir,
elle n'a plus de raison d'être. Nous appelons toutes les Eglises,
partout dans le monde, à redécouvrir leur identité,
leur intégrité et leur vocation à être l 'glise
de l'étranger. Le ministère auprès des personnes
déracinées a toujours été reconnu comme une
dimension de la diaconie, bien que dans beaucoup d'Eglises il n'ait
eu qu'un rôle marginal. Nous affirmons, quant à nous,
qu'il s'agit d'une question qui concerne toute l'Eglise. Nous sommes
une Eglise de l'étranger - l'Eglise de Jésus Christ l'étranger.
(Matthieu 25, 31-46)
Devant la politique de plus en plus restrictive des gouvernements
et devant l'hostilité grandissante du grand public à l'égard
des étrangers, les Eglises sont appelées, comme jamais
auparavant, à faire un choix: seront-elles Eglise de l'étranger
et prendront-elles le parti des personnes déracinées,
ou bien se détourneront-elles du problème en préférant
l'ignorer? L'inscriront-elles simplement dans le cadre de leur action
en faveur des réfugiés ou bien seront-elles la manifestation
de l'universalité de l'Evangile et le lieu d 'ccueil pour ceux
et celles qui revendiquent le respect de leur dignité humaine?
La koinonia est coûteuse et exige que nous assumions toutes
les conséquences du don de nous-mêmes aux autres. Il y
a des pays où il est dangereux de travailler auprès des
personnes déracinées. Souvent, vouloir faire quelque chose
pour ces personnes n'est pas très bien vu dans les paroisses
locales qui pensent qu 'l y a déjà suffisamment de problèmes
touchant "leurs propres membres". Lorsque nous dénonçons
les injustices qui mènent au déracinement, il faut que
nous soyons prêts à affronter le pouvoir et les privilèges
en place et à en payer le prix.
Cette déclaration s'adresse aux Eglises. En tant que communauté
chrétienne, nous devons reconnaître et confesser nos erreurs,
et prendre le chemin de la conversion et du renouveau. Pour être
crédibles, notre témoignage et notre action de soutien
doivent être fondés sur notre expérience et notre
engagement ainsi que sur nos convictions. La souffrance des personnes
déracinées nous rappelle que notre monde est un monde
injuste. La dégradation des conditions sociales et politiques
et la violation des droits de la personne humaine nous poussent
impérativement à réagir contre les systèmes
et structures injustes, qui sont des manifestations du péché.
NOUS SOMMES REVOLTES PAR LA VIOLENCE ET L'INJUSTICE QUI DERACINENT
DES ETRES HUMAINS ET PAR LA SOUFFRANCE QUE CE DERACINEMENT PROVOQUE.
Les multiples causes du déplacement forcé de personnes:
1. Les guerres, les conflits civils, la violation des droits de
l homme, la persécution pour des raisons politiques, religieuses,
ethniques ou sociales, qui sévissent partout dans le monde,
sont aujourd'hui les causes principales du déplacement forcé
des personnes.
Des conflits ethniques et nationalistes, étouffés pendant
un temps, ont resurgi avec force au cours de la dernière décennie
et se sont transformés en guerres ouvertes. La religion et
l'appartenance ethnique sont utilisées pour justifier des visées
nationalistes et sont devenus des facteurs de division dans des
sociétés pluralistes. Les civils sont de plus en plus
souvent victimes de la violence, aggravée par le fait que les
belligérants se procurent de plus en plus aisément des
armes et des mines antipersonnel. Et cette violence a causé
le déplacement de millions d hommes et de femmes: il y a actuellement
30 millions de personnes déplacées à l'intérieur
de leur propre pays et 19,5 millions de réfugiés dans
d'utres pays.
La violence infligée à des personnes, des communautés
et des peuples entiers détruit aussi le tissu social, l'infrastructure
économique et l'environnement naturel. Cette destruction de
la vie communautaire est la cause la plus tragique des migrations
forcées.
Dans une situation de guerre et de conflit, la violence exercée
envers les femmes et les jeunes filles devient souvent une stratégie
de guerre; le viol sert de moyen politique pour humilier les femmes
et les hommes, les déplacer et détruire la communauté
de vie.
La violation généralisée des droits de la personne
humaine est une cause majeure forçant les personnes à
chercher asile dans un autre pays. Dans de nombreux pays, on prive
les hommes, les femmes et les enfants de leurs droits juridiques,
on les torture, les enlève, les assassine; on soumet les femmes
et les jeunes filles à des abus sexuels.
Le déplacement délibéré de populations autochtones
et colonisées en vue de les exproprier de leurs terres et de
leurs ressources continue d'être une forme brutale de déracinement
forcé.
2. L'effondrement des conditions économiques et sociales qui
permettaient aux gens de subvenir à leurs besoins dans leur
pays et dans leur communauté traditionnelle accélère
le déplacement des populations.
La dégradation des conditions de vie s'explique en particulier
par la mondialisation de l'économie. Ce phénomène
maintient et creuse même les inégalités qui existent
à l'intérieur des pays et entre eux en termes de richesses
et de revenus. Les nouvelles relations commerciales s'établissent
au détriment de pays les plus faibles sur le plan économique.
D'importantes innovations techniques contribuent à rentabiliser
la production et les services, mais favorisent aussi une croissance
qui n'est pas créatrice d'emplois. Dans toutes les régions
du monde, le chômage permanent ne fait qu'augmenter, il marginalise,
exclut, pousse les gens à se déplacer. L'économie
à forte intensité de capital crée trop peu d'emplois
pour le nombre croissant de personnes en âge de travailler.
L'endettement croissant, accompagné de mesures d'ajustement
structurel imposées de l'extérieur et d une politique
fiscale restrictive, rend la lutte pour la survie plus difficile
encore. En même temps, les gouvernements se démettent
souvent de leur responsabilité en matière de programmes
d'aide sociale. En décidant de réduire les dépenses
sociales, telles que celles touchant la santé et l'éducation,
tout en maintenant ou en augmentant les budgets militaires, ils
créent des conditions menant à l'appauvrissement de la
population et, en fin de compte, à la déstabilisation.
L'impact des programmes d'ajustement structurel sur les êtres
humains se mesure en particulier à l'augmentation de la mortalité
infantile et de la malnutrition, de maladies évitables et de
l'analphabétisme parmi les enfants du monde "en voie de développement".
Ce sont les femmes, principales pourvoyeuses de nourritures de la
famille, qui en portent le poids et qui sont obligées de lutter
pour la faire survivre. De plus en de plus de personnes n'ont ainsi
d'autre choix que de quitter leur communauté à la recherche
de travail et de nourriture.
Quelque 10 millions de personnes sont déplacées chaque
année, victimes des plans de "développement", comme la
construction de barrages qui provoque l'inondation de vastes superficies
ou le remplacement de l'agriculture de subsistance par l'agriculture
commerciale mécanisée.
3. La destruction de l'environnement est devenue une cause importante
de déplacement massif de populations. La destruction de l'environnement
naturel, telle que la déforestation, la destruction du sol
superficiel, la désertification, et la dégradation de
la terre arable sans possibilité de récupération,
rendent invivable le cadre de vie traditionnel. On estime que quelque
10 à 25 millions de personnes ont été déplacées
pour des raisons écologiques.
La production, les essais et le déploiement d'armements à
la fois pour les besoins de l'entraînement militaire en temps
de paix et pour ceux de la guerre ont une incidence grave sur l'environnement
et rendent les terres inutilisables pour l'agriculture et invivables
pour les êtres humains. La reprise des essais nucléaires
menace la survie des communautés et risque de provoquer des
déplacements permanents de population. L'élévation
du niveau de la mer et l intensité accrue des tempêtes,
cyclones, raz de marée et tremblements de terre risquent d
intensifier les déplacements de populations dans un proche
avenir. Ces premiers effets du réchauffement de la planète,
s'ils ne nous incitent pas à adopter des mesures concrètes,
aboutiront à la disparition des nations insulaires et d'autres
basses terres densément peuplées dans les prochaines décennies.
L'épuisement des ressources naturelles, associé à
la dégradation économique, non seulement contraint les
gens à quitter leur communauté, mais est aussi une cause
de conflit et de lutte pour des ressources de plus en plus rares.
Le
sort des personnes déracinées, victimes de l'indifférence:
La tendance générale, un peu partout, est de fermer les
yeux sur les causes et les conséquences du déplacement
forcé des personnes. Il est vrai qu aucune société
ne peut accueillir un nombre illimité de personnes déplacées,
mais trop peu d'attention est donnée et trop peu de ressources
consacrées à l'élimination des conditions qui sont
les causes du déplacement.
La solidarité publique avec ceux et celles qui fuient la violence
et la misère s'érode de plus en plus dans toutes les parties
du monde. On assiste à une montée du racisme et de la
xénophobie qui s'exprime dans la violence ouverte exercée
à l'encontre des réfugiés et des immigrés. Et
ceux-ci deviennent souvent les boucs émissaires des tensions
sociales et économiques et les cibles d une haine de plus en
plus vive.
Dans de nombreux pays, le jeu combiné de l'hostilité publique
et des politiques gouvernementales restrictives met en danger les
valeurs et le droit démocratiques. Les mesures proposées
ou mises en pratique pour contrôler l'arrivée des étrangers
dans un pays limitent souvent aussi les droits civiques et les droits
fondamentaux des citoyens et des résidents du pays.
Les règles du droit international ne sont pas appliquées
aux besoins particuliers des femmes et des enfants déracinés
en matière de protection. Certains dirigeants religieux évitent
de prendre position ou ne veulent pas prendre position contre la
violence que la communauté exerce à l'encontre des étrangers
ou des "autres". Trop d'institutions religieuses, y compris des
Eglises, restent indifférentes au problème. Trop peu de
paroisses sont prêtes à accueillir ou à inclure en
leur sein des personnes d'une origine raciale, ethnique ou nationale
différente. De nombreuses Eglises et de nombreux chrétiens
restent alliés à des structures d'exclusion et d'oppression.
Les
conséquences humaines du déracinement:
Les personnes déracinées vivent de nombreuses pertes:
perte de la famille, des amis, du milieu communautaire, perte des
points de repère spirituels, religieux et culturels qui fondent
l'identité humaine et la déterminent; perte du statut
social; perte des biens, de l'emploi et des ressources économiques.
Elles sont confrontées à toutes ces conséquences
du déracinement à la fois. Pour les personnes venant de
milieux ruraux et autochtones, la perte de la terre est en même
temps la perte du pouvoir économique et de l'identité
culturelle et spirituelle.
La violence, le rejet et l'hostilité raciste envers les personnes
déracinées aggravent encore le traumatisme causé
par la migration forcée du fait qu'elles restreignent leur
mobilité, leur participation à la vie de la société
et les possibilités d'accès à un emploi et aux services
dans les pays de transit ou de refuge. Cette violence et cette injustice
s'inscrivent dans la vague du racisme et de la xénophobie qui
déferle sur le monde entier, assurant à certains les privilèges
et la sécurité et confinant les autres dans l'insécurité
et l'exclusion.
Les bouleversements que subissent les personnes fuyant la persécution
et la guerre sont particulièrement douloureux. Ce sont les
femmes et les enfants qui sont les plus touchés. La violence
sexuelle que craignent ou subissent les femmes et les jeunes filles
déracinées mine leur dignité humaine et leur intégrité
de personne et constitue une barrière à leur participation
à la vie de la société. Leur bien-être physique,
émotionnel et psychologique est profondément perturbé.
Le trafic organisé d'hommes, de femmes et d'enfants est une
forme nouvelle d'esclavage qui s'accompagne de son inévitable
corollaire qu'est l'anéantissement de la dignité et du
bien-être des individus et des familles.
Les enfants qui se trouvent séparés par la force de leur
famille et des structures communautaires de soutien sont particulièrement
vulnérables à tout ce qui menace leur vie et leur sécurité.
Lorsque ces enfants vivent dans des camps de réfugiés
ou dans des situations de guerre, l'interruption de la scolarité
crée des lacunes de connaissances, qui ont une incidence à
long terme sur leur vie future et sur leur société. La
violence et l'injustice qui déracinent les personnes, et les
souffrances qui en résultent, nous forcent à réaffirmer
nos convictions chrétiennes comme fondement de notre action
face à cette situation.
EN TANT QUE CHRETIENS, NOUS DEFENDONS CES CONVICTIONS:
1. Nous affirmons le caractère sacré de la vie humaine
et de la création.
"Au
commencement Dieu créa le ciel et la terre ... et Dieu vit
que cela était bon ... Dieu créa l'homme et la femme à
son image ... " (Genèse 1).
Toutes les personnes humaines sont faites à l 'mage de Dieu.
Le respect de la dignité humaine et de la valeur de tout être
humain, quels que soient son âge, ses capacités, son appartenance
ethnique, son sexe, sa classe, sa nationalité, sa race, sa
religion, fait partie du fondement de notre foi. Notre foi nous
force à veiller à ce que la vie humaine, l'intégrité
physique et la sécurité personnelle de chacun soient garanties
par le droit et les institutions.
Aucune société ne peut vivre en paix avec elle-même
et avec le monde sans une pleine reconnaissance de la valeur et
de la dignité de toute personne humaine et du caractère
sacré de la vie humaine.
Le don qui nous a été fait des ressources de la terre
va de pair avec la responsabilité de sauvegarder et de protéger
la création. Si la création n est plus protégée,
les êtres humains sont déplacés.
Les chrétiens puisent leur force dans la tradition prophétique
et dans le chapitre 21 de l Apocalypse où il est question d
un Dieu qui "fait toutes choses nouvelles" et appelle à participer
à son oeuvre de renouveau.
2. Les valeurs bibliques de l amour, de la justice et de la paix
nous obligent à apporter une nouvelle réponse, en tant
que chrétiens à la question des marginalisés et des
exclus.
"Tu
aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme
et de toute ta pensée. C'est là le grand, le premier commandement.
Un second est aussi important: Tu aimeras ton prochain comme toi-même"
(Matthieu 22, 37-39).
Le royaume de Dieu est la vision d'un monde juste et uni. Les prophètes
de l'Ancien Testament et Jésus, à travers son enseignement,
nous appellent à libérer le peuple de Dieu; ils nous appellent
à lui donner le courage de devenir une communauté différente
et d oeuvrer pour la paix et la justice, en s'attaquant aux causes
du déracinement des personnes.
Le commandement d'aimer Dieu et d'aimer son prochain comme soi-même
est au coeur de l'enseignement de Jésus. Les chrétiens
sont appelés à répondre à la bonne nouvelle
de la préférence de Dieu pour les marginalisés et
les exclus. L'amour de Jésus est inconditionnel. Il n'a pas
hésité à payer le prix de l'amour qui va jusqu'au
don de soi. Le prophète Michée (6, 8) exhorte les fidèles
à respecter le droit, à aimer la fidélité et
à s'appliquer à marcher avec leur Dieu. Il n'y a pas de
paix sans justice, ni de justice réelle sans paix (Amos 5,24).
Notre foi nous oblige à lutter en faveur de la justice et de
la paix pour tous, à oeuvrer pour un monde où les institutions
économiques, politiques et sociales sont au service des êtres
humains et non l'inverse.
Dans la tradition du jubilé (Lévitique 25, Deutéronome
15, Esaïe 61, 1-2), la compassion s'accompagne d'un engagement
renouvelé en faveur de la justice et de la paix. Le jubilé
est un nouveau commencement, le point de départ d'un processus
de réconciliation et de restauration de la communauté,
la naissance d'un nouvel espoir.
3. L'appel biblique à construire une société sans
exclusive exige que nous accompagnions les personnes déracinées
dans le service et le témoignage.
"Ainsi
vous n êtes plus des étrangers, ni des émigrés;
vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la famille
de Dieu" (Ephésiens 2, 19).
Jésus lui-même avait été rejeté par bien
des membres de son propre peuple parce qu'il s'identifiait avec
les marginalisés et les exclus. L'Evangile nous apprend qu
il a fait de l'amour de l étranger et de l ennemi la marque
distinctive de la communauté sans exclusive des enfants de
Dieu. En cela, il a suivi la tradition d'hospitalité à
l'égard de l'étranger que l'on trouve dans l'Ancien Testament
(Exode 23,9; Lévitique 19,33-34; Deutéronome 24,14-19;
Jérémie 5-7).
Les chrétiens sont appelés à être aux côtés
des opprimés, des persécutés, des marginalisés
et des exclus dans leurs souffrances, leurs luttes et leurs espoirs.
Un ministère d'accompagnement et de défense des personnes
déracinées est conforme aux principes du témoignage
prophétique et du service, de la diaconie. Nous ne pouvons
pas déserter ceux qui se trouvent dans le besoin, ni fixer
des limites à notre compassion (Hébreux 13, 2; Luc 10,
25-37; Romains 12, 13).
Tandis que le peuple de Dieu a choisi de s'établir pour remplir
sa vocation à la mission et au service et sa vocation à
vivre dans la promesse, le pèlerinage de foi de ceux qui souffrent
du déracinement fait partie de l'héritage de l'Eglise
tout entière. De même que l'amour de Dieu a été
illustré dans l'histoire de l'Eglise par les récits d'exil
de l'Ancien Testament, de même l'Eglise aujourd hui reçoit
le message de Dieu par le témoignage des personnes déracinées.
En proclamant l'Evangile d 'spérance pour tous et en se souvenant
de la communion en Jésus Christ fondée en sa mort et sa
résurrection, les Eglises vivent leur vocation de communauté
sans exclusive, en accompagnant ces personnes, en partageant leurs
espoirs et leurs souffrances et en leur ouvrant un espace de vie.
Nos convictions chrétiennes exigent que nous renouvelions l'action
des Eglises en vue de défendre la vie et la dignité humaine,
d'oeuvrer pour la justice et la paix et de créer une communauté
avec les personnes déracinées.
NOUS APPELONS LES CHRETIENS ET LES EGLISES A AGIR
Notre action doit commencer par un examen critique de nos succès
et nos échecs, par une nouvelle prise de conscience du rôle
que les Eglises ont à jouer face au problème des personnes
déracinées et aux causes de leur déracinement. Ce
renouveau exige que la réflexion théologique et biblique
sur les situations qui provoquent le déplacement des personnes
et sur les besoins de ces personnes retrouve une place centrale
dans la vie de l'Eglise. Il faut que les problèmes des personnes
déracinées soient portés à la connaissance des
instances décisionnelles et des organisations qui fournissent
les ressources. Il faut mettre en place, dans les Eglises, des organes
et des programmes qui prennent en charge ces problèmes ou,
s'ils existent déjà, les renforcer.
C'est une tâche oecuménique et mondiale. Il faut que les
Eglises collaborent entre elles et avec d'autres secteurs de la
société civile. De nombreuses organisations sont engagées
dans la solidarité avec les personnes déracinées;
aucune ne peut répondre seule aux causes systémiques du
déracinement.
La recherche de solutions viables aux causes et aux conséquences
du déracinement exige aussi que l'on intervienne auprès
des gouvernements. Cela signifie que les Eglises doivent étudier
comment négocier des compromis dans le cadre des débats
politiques nationaux et internationaux tout en restant fermes dans
leurs convictions.
A nous-mêmes, aux Eglises membres du Conseil oecuménique
des Eglises et aux organisations oecuméniques qui leur sont
associées, nous lançons un appel pour que tous s'engagent
dans des actions destinées à défendre la vie et la
dignité humaine, promouvoir la justice et la paix dans le monde,
et accompagner les personnes déracinées. Ces actions peuvent
prendre des formes diverses selon les contextes nationaux et régionaux,
et selon les possibilités des Eglises. Nous demandons aux Eglises
de se soutenir mutuellement et d oeuvrer ensemble.
1.
PROTEGER LA VIE ET LA DIGNITE DES PERSONNES DERACINEES
Nous prions instamment les Eglises membres de protéger toutes
les personnes déracinées - les réfugiés, les
personnes déplacées à l'intérieur des frontières
de leur propre pays, les migrants - et de veiller à ce qu'elles
soient respectées. A. Protéger la vie et garantir la sécurité
B.
Défendre les droits juridiques et les droits de la personne
humaine
C.
Promouvoir les règles internationales existantes
2.
OEUVRER EN FAVEUR DE LA JUSTICE ET DE LA PAIX
Nous prions instamment les Eglises de prendre des mesures concernant
les causes fondamentales du déplacement forcé.
A.
Etudier les raisons politiques, économiques, sociales et écologiques
du déracinement
B.
Participer pleinement aux efforts de paix et de règlement des
conflits
C.
Oeuvrer en faveur d'une vie économique et sociale épanouie
D.
Promouvoir le droit des personnes à demeurer dans leur pays
d'origine et à y vivre dans la sécurité et la dignité
3.
CREER UNE COMMUNAUTE AVEC LES PERSONNES DERACINEES
Nous invitons les Eglises à accompagner les personnes déracinées
en leur offrant divers services dans le cadre de leur ministère
diaconal, et en leur prodiguant un soutien et une solidarité
sans discrimination.
A.
Accompagner les personnes déracinées dans leurs décisions
de rester ou de partir et de rentrer chez elles
B.
Assurer les services d'aide matérielle, sociale et spirituelle
nécessaires
C.
Soutenir les initiatives des personnes déracinées
D.
Etre l'Eglise avec les chrétiens déracinés
E.
Vivre dans la diversité
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