
V. LE SERVICE DANS LE MONDE ET POUR LE MONDE
111. L'une des convictions qui anime l'ensemble de ce document est que l'Eglise n'est pas une fin en soi; c'est le don que Dieu fait au monde. Le service fait partie de l'être même de l'Eglise. Aussi l'Eglise de Dieu n'existe-t-elle qu'en relation avec le destin commun de l'humanité et de toute la création.
112. L'Eglise est la communauté de ceux et celles qui ont été appelés par Dieu et qui, par l'Esprit Saint, sont unis avec Jésus Christ et envoyés comme disciples pour rendre témoignage à l'action de réconciliation, de guérison et de transformation de Dieu pour la création. La relation de l'Eglise au Christ est telle que la foi et la vie communautaire requièrent l'obéissance au sens d'engagement moral. Aussi, dans le témoignage que nous rendons par la proclamation et par nos actions concrètes en faveur de la justice, de la paix et de la sauvegarde de la création, c'est l'intégrité de la mission de l'Eglise qui est en jeu. Ces actions seront souvent entreprises avec ceux qui n'appartiennent pas à la communauté de foi. C'est là une marque distinctive de la koinonia, qui est au centre de notre conception de l'Eglise.
113. L'obéissance chrétienne se fonde sur la vie et l'enseignement de Jésus de Nazareth tels que l'Ecriture en rend témoignage. Les chrétiens sont appelés à être disciples en réponse à la Parole vivante de Dieu, en obéissant à Dieu plutôt qu'aux êtres humains, en se repentant de leurs actes pécheurs, en pardonnant aux autres, et en vivant une vie de sacrifice et de service. L'origine de la passion qu'ils éprouvent pour la transformation du monde réside dans leur communion avec Dieu en Jésus Christ. Ils croient que Dieu, qui est tout amour, miséricorde et justice, agit à travers eux par l'Esprit Saint. La communauté chrétienne vit en permanence au sein de la sphère du pardon et de la grâce de Dieu.
114. Cette grâce suscite la vie morale des croyants et la façonne. Les membres de l'Eglise, dans leur fidélité et leur infidélité, dans leur vertu et leur péché, comptent sur le pardon de Dieu et sur sa grâce qui renouvelle. L'Eglise ne repose pas sur la réussite morale mais sur la justification par la grâce, par le moyen de la foi. C'est sur cette base que l'on peut affirmer que l'engagement moral, l'action et la réflexion communes sont inhérents à la vie et à l'être de l'Eglise.
115. Pour ce qui la concerne, l'éthique chrétienne est en rapport à la fois avec l'Eglise et avec le monde. Elle s'enracine en Dieu et elle est façonnée par la communauté. À ce titre, elle ne se tient pas à l'écart des luttes morales de l'humanité. L'éthique chrétienne ne peut pleinement se définir qu'en relation avec l'Eglise et avec le monde, conformément à la nature de l'Eglise elle-même. Les questions éthiques complexes demandent donc qu'on leur accorde une attention particulière dans l'Eglise, et elles sont elles-mêmes objet de l'obéissance du disciple du Christ.
116. Il arrive que des questions éthiques mettent en cause l'intégrité de la communauté chrétienne elle-même; il devient alors nécessaire d'adopter une position commune pour préserver l'authenticité et la crédibilité de cette communauté. En ce qui concerne l'éthique et la morale, la koinonia signifie que c'est dans l'Eglise, parallèlement à la confession de foi et à la célébration des sacrements (et comme étant une démarche indissociable de celles-ci) que l'on interroge en permanence la tradition de l'Evangile pour y chercher inspiration morale et discernement. Chaque fois que des chrétiens ou des Eglises ne sont pas d'accord sur une position éthique, il faut poursuivre le dialogue pour découvrir s'il est possible d'arriver à surmonter ces divergences et, dans le cas contraire, si elles divisent réellement les Eglises.
117. Les chrétiens et leurs communautés sont appelés à se rendre compte mutuellement de leurs réflexions et de leurs décisions en matière d'éthique, en vertu de leur koinonia dans la foi, le baptême et le repas du Seigneur. Cette interrelation se manifeste dans leur engagement à un partenariat où chacun donne et reçoit (Ph 4, 15). Chaque fois que les Eglises s'engagent dans un processus de questionnement mutuel et d'affirmation les unes face aux autres, elles expriment leur koinonia réelle, mais non encore pleinement réalisée. Les chrétiens s'engagent ensemble dans ce service du monde, glorifiant et louant koinonia où la vie que Dieu veut pour toutes ses créatures et pour l'ensemble de la création trouvera son accomplissement.
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De plus en plus, aujourd'hui, les prises de position éthiques sont devenues des sources potentielles de division au sein des Eglises et entre elles. C'est là l'une des particularités de la situation oecuménique contemporaine. Un nombre croissant de sujets (y compris ceux qui touchent à la sexualité humaine) ont polarisé les communautés chrétiennes et risquent de porter préjudice aux liens de koinonia qui existent déjà, voire de les détruire. Plus les Eglises se rapprochent d'un accord sur l'ecclésiologie et plus elles se voient mises au défi d'examiner quelles sont les limites tolérables d'une diversité morale compatible avec la koinonia. Pour y parvenir, il est nécessaire de recourir à un dialogue oecuménique permanent, au discernement, au sens des responsabilités et à la charité chrétienne.
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