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A. La foi apostolique
E. La supervision: ses dimensions communautaire, personnelle et
collégiale
F. La conciliarité (dimension communautaire, synodalité) et la
primauté |
IV. LA VIE EN
COMMUNION
68. Le Dieu-Trinité est la source de la vie de
l'Eglise, de son unité et de sa diversité. Dieu accorde à l'Eglise tous les
dons et toutes les ressources nécessaires à sa vie et à sa mission. Il lui fait
don de la foi apostolique, du baptême et de l'eucharistie comme moyens de grâce
en vue de créer et de fortifier la koinonia. Ces moyens se rattachent à
d'autres qui servent à garder vivante et à préserver l'intégrité
de la koinonia du peuple de Dieu.
69. L'Eglise est appelée en tout temps et en tout
lieu à "persévérer dans l'enseignement des apôtres". "La foi de
l'Eglise à travers les siècles" est la même que "la foi qui a été
transmise aux saints définitivement" (Jude 3). |
71. La foi apostolique ne se réfère pas à une formule unique et immuable ni à une période particulière de l'histoire chrétienne. Elle est confessée dans le culte, dans la vie et le service - dans la tradition vivante de l'Eglise. La foi transmise par la tradition vivante de l'Eglise est la foi suscitée par la Parole de Dieu et inspirée par l'Esprit Saint, attestée dans l'Ecriture sainte. Le contenu en est exposé dans les symboles oecuméniques de la première Eglise et attesté également sous d'autres formes. Elle est proclamée dans les nombreuses confessions de foi des Eglises. Elle est prêchée aujourd'hui dans le monde entier. Elle est nourrie et célébrée par les liturgies, et manifestée dans le service et la mission des communautés chrétiennes fidèles.
72. La tradition apostolique de l'Eglise, c'est la continuité dans les caractères permanents de l'Eglise des apôtres : le témoignage rendu à la foi apostolique, la proclamation de l'Evangile et son interprétation toujours neuve, la célébration du baptême et de la Cène du Seigneur, la transmission des responsabilités ministérielles, la communion dans la prière, l'amour, la joie et la souffrance, le service aux malades et aux personnes démunies, la communion des Eglises locales entre elles et le partage des dons que le Seigneur a accordés à chacun.
73. Au sein de la tradition apostolique, le Symbole oecuménique de Nicée-Constantinople (381) constitue une expression prééminente de la foi apostolique - foi qui est confessée partout, y compris par ceux qui n'utilisent pas ce Symbole. Ce credo symbolise la foi révélée de manière unique dans les Ecritures. Cette même foi s'exprime dans la prédication, le culte, les sacrements, les confessions de foi anciennes et plus récentes, et dans la vie et la mission de l'Eglise, dans différents contextes culturels et différentes communions ecclésiales. Le langage utilisé dans le Symbole de Nicée-Constantinople, comme celui de tous les credo, est conditionné par le temps et le contexte. C'est ce texte qui, au cours des siècles et jusqu'à ce jour, a été le plus utilisé par les chrétiens. Son usage pour la confession de foi et la louange à Dieu exprime à la fois la continuité à travers les âges et la communion, aujourd'hui, avec les chrétiens du monde entier. Le fait qu'il ne soit pas utilisé dans certaines Eglises ne doit pas donner à penser qu'elles se seraient écartées de la foi. leur manière, elles confessent aussi la même foi apostolique.
74. La foi de l'Eglise doit être vécue comme une réponse dynamique aux interpellations de chaque époque et de chaque lieu. L'Evangile traite de situations individuelles et collectives, y compris de situations d'injustice, de violations de la dignité humaine et de dégradation de la création. Par exemple, quand les chrétiens confessent que Dieu est le créateur de toutes choses, cela doit les amener à être attentifs, dans leur vie, à l'excellence de la création et à sa sauvegarde. Confesser l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique les conduit à oeuvrer pour l'unité visible de l'Eglise. Les chrétiens sont appelés à proclamer l'Evangile en paroles et en actes afin de vivre dans leur vie le message du Christ crucifié et ressuscité. La communion de foi qu'ils expriment dans leurs paroles et leur manière de vivre comporte une dimension à la fois individuelle et collective.
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Il faut proclamer la foi apostolique de façon neuve à chaque génération et en chaque lieu. Les Eglises sont en désaccord sur la question des structures de communion conciliaire qui permettraient de nourrir la communion de foi dans des situations en constante évolution. Actuellement, les Eglises sont en désaccord sur les limites tolérables qu'il faut fixer à la diversité dans la confession de la foi une. Par exemple, les points suivants peuvent-ils être des facteurs de division entre les Eglises:
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75. Dans le Symbole oecuménique de
Nicée-Constantinople, les chrétiens confessent "un seul baptême pour le
pardon des péchés". Par cet unique baptême d'eau au nom du
Dieu-Trinité, Père, Fils et Saint Esprit, par la puissance de l'Esprit Saint, les
chrétiens sont unis au Christ, les uns aux autres et à l'Eglise de tous les temps et
de tous les lieux. Notre baptême commun, qui nous unit au Christ dans la foi, est ainsi
un lien fondamental d'unité.
76. Le baptême est un signe de vie nouvelle par le Christ, le moyen qui nous est
donné d'avoir part à la vie, à la mort et à la résurrection de
Jésus Christ. Le baptême implique la confession des péchés, la
conversion du coeur, le pardon, la purification et la sanctification. Le baptême est le don
de l'Esprit Saint et l'acte par lequel le chrétien est incorporé au corps du Christ : il
est le signe du Royaume de Dieu et de la vie du monde à venir. Le baptême est
considéré comme "l'ordination" de tous les croyants.
77. Tous les êtres humains ont en commun le fait d'avoir été
créés de la main de Dieu, la sollicitude que leur manifeste la providence divine, et
la part qu'ils prennent aux activités des institutions sociales, économiques et
culturelles chargées de préserver la vie humaine. Lorsque quelqu'un est
baptisé, il "revêt Christ" (Ga 3, 27), il entre dans la koinonia du corps du Christ
(1 Co 12, 13), il a reçu cette part d'Esprit Saint qui est le privilège des enfants
adoptifs de Dieu (Rm 8, 15 s), et il peut ainsi bénéficier à l'avance de cette
communion avec la nature divine que Dieu promet et projette pour l'humanité (2 P 1,
4). Pour le moment, la solidarité des chrétiens avec les joies et les peines de leur
prochain, leur engagement dans la lutte pour la dignité de tous ceux qui souffrent, des
exclus, des pauvres, tout cela fait partie de leur vocation de baptisés. C'est la
façon dont ils sont mis face à face avec le Christ s'identifiant aux victimes de
l'injustice et aux exclus.
Les chrétiens sont de plus en plus disposés à reconnaître leurs baptêmes respectifs. Cela remet en question la pratique du prétendu re-baptême. Le baptême est célébré au nom de la sainte Trinité et suppose la foi en celle-ci. En conséquence, il convient que toutes les confessions considèrent comme valide, et célébré une fois pour toutes, tout baptême célébré avec de l'eau, au nom de la sainte Trinité, et fondé sur la foi en elle. Il existe des communautés et des chrétiens qui ne pratiquent pas le rite du baptême mais qui partagent l'expérience spirituelle de la vie en Christ. |
78. Le baptême est très étroitement
lié à l'eucharistie. La communion réalisée dans le baptême a
son centre et trouve son expression dans l'eucharistie une. Il existe un lien dynamique entre
baptême et eucharistie. La foi baptismale est réaffirmée et la grâce
est donnée au fidèle qui vit de sa vocation chrétienne.
79. La sainte Communion est le repas au cours duquel les chrétiens, rassemblés
autour de la table du Seigneur, reçoivent le corps et le sang du Christ. C'est une action
de grâce au Père pour tout ce qui a été accompli dans la
création, la rédemption et la sanctification; un mémorial
(anamnesis) de la mort et de la résurrection du Christ Jésus et de tout ce
qui a été accompli une fois pour toutes sur la croix; la présence
réelle du Christ crucifié et ressuscité qui donne sa vie pour toute
l'humanité; la communion des fidèles, et l'anticipation et l'avant-goût du
Royaume à venir.
80. Confession de foi et baptême sont indissociables d'une vie de service et de
témoignage. De même, la célébration eucharistique exige la
réconciliation et le partage entre tous ceux et celles qui sont considérés
comme frères et soeurs dans la famille une de Dieu; elle les incite en permanence
à rechercher des relations appropriées dans la vie sociale, économique et
politique (Mt 5, 23 ss ; 1 Co 10, 14 ; 1 Co 11, 20-22). La sainte Communion est le sacrement
qui édifie la communauté; c'est pourquoi, au moment où nous participons
au corps et au sang du Christ, toute forme d'injustice, de racisme, d'aliénation et de
privation de liberté est mise en cause de façon radicale. Par le repas du Seigneur,
la grâce de Dieu qui renouvelle toute chose pénètre la personnalité
et la dignité humaines et les restaure. L'eucharistie fait participer le croyant à
l'événement central de l'histoire du monde. C'est pourquoi, nous qui prenons part
à l'eucharistie, nous nous montrons inconséquents si nous ne participons pas
activement au rétablissement du monde et de la condition humaine. La sainte
Communion nous montre que face à la présence réconciliatrice de Dieu
dans l'histoire humaine, notre comportement n'est pas cohérent : nous sommes
continuellement mis en jugement à cause du maintien, dans notre société,
de relations injustes de toutes sortes et de multiples divisions dues à l'orgueil humain,
aux intérêts matériels et à une politique de puissance mais,
par-dessus tout, à cause de la persistance d'oppositions confessionnelles injustifiables au
sein du corps du Christ.
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En ce qui concerne la conception et la pratique de l'eucharistie, reste la question de savoir s'il s'agit en premier lieu d'un repas au cours duquel les chrétiens reçoivent le corps et le sang du Christ, ou si c'est essentiellement un service d'action de grâce. Chez ceux pour qui l'eucharistie est d'abord un service d'action de grâce, il y a un accord de plus en plus large au sujet de son caractère sacrificiel. Les points de désaccord qui demeurent concernent principalement la façon dont le sacrifice de Jésus Christ au Calvaire est rendu présent dans l'acte eucharistique. Le recours aux biblistes et aux spécialistes de la patristique a permis d'explorer plus avant la signification du terme biblique anamnesis, et cela aide à la réconciliation des différentes approches. Pourtant, certains soutiennent que dans les textes théologiques et oecuméniques, on a accordé à cette notion plus de poids qu'elle n'en peut porter réellement. Les Eglises continuent de ne pas être d'accord sur la nature et le mode de présence du Christ dans l'eucharistie. D'importantes divergences subsistent quant au rôle de l'Esprit Saint dans l'ensemble de la célébration eucharistique. |
81. C'est la vocation de l'Eglise tout entière
d'être au service du dessein de Dieu. Elle est appelée à servir le monde en
tout temps et en tout lieu.
82. L'Esprit Saint accorde des dons à chacun des membres du corps du Christ en vue de
l'édification de la communauté de l'Eglise et de l'accomplissement fidèle de
la mission du Christ. Tous ont reçu des dons et tous ont à en répondre. Ce
service est offert par le peuple de Dieu tout entier: les chrétiens à titre individuel,
les communautés locales, ou l'Eglise à tous les niveaux de sa vie.
83. En tant que communion des baptisés, l'Eglise est une communauté
sacerdotale qui rassemble tout le peuple de Dieu (1 P 2). Jésus Christ est le seul
prêtre de la nouvelle alliance (He 9, 11). La vie du Christ a été offerte en
sacrifice pour tous. Par déduction, on peut dire de l'Eglise dans son ensemble qu'elle est
un corps sacerdotal. Tous ses membres sont appelés à offrir leur être en
sacrifice vivant et à intercéder pour l'Eglise et pour le monde.
84. Cela est vrai pour tous les membres de l'Eglise qui, en fonction de leur commun
baptême, servent le monde en proclamant l'Evangile, en témoignant de leur foi
par leur façon de vivre et en intercédant pour le salut du monde. Cela fait
également partie de leur service au monde de nourrir ceux qui ont faim, de venir en aide
aux pauvres et aux exclus, de réparer les injustices et de se soucier de la sauvegarde de
la création, avec toutes les personnes de bonne volonté. En agissant ainsi, ils sont
en harmonie avec la mission de l'Eglise.
85. Dès les premiers temps, il y a eu ceux qui ont été choisis par la
communauté sous la conduite de l'Esprit et qui ont reçu une autorité et une
responsabilité particulières. Très tôt dans l'histoire de l'Eglise, on a
ressenti le besoin d'avoir un ministère ordonné qui soit au service de la
communion. Les ministres ordonnés servent à édifier la
communauté, à préparer les saints à leur ministère et à
fortifier le témoignage de l'Eglise dans le monde. Ils ne peuvent pas se passer du soutien
et de l'encouragement constants de la communauté - au nom de laquelle ils ont
été choisis et pour laquelle ils agissent, par la puissance de l'Esprit Saint, en leur
qualité de représentants. Les ministres ordonnés ont une
responsabilité particulière à l'égard du ministère de la parole
et des sacrements. Ils exercent un ministère d'accompagnement pastoral et conduisent la
communauté dans la mission. De ces diverses manières, ils affermissent la
communion de foi, de vie et de témoignage de l'ensemble du peuple de Dieu.
86. Dans le Nouveau Testament, il n'y a pas de modèle unique de désignation au
ministère. L'Esprit, à différentes périodes, a conduit l'Eglise à
adapter ses ministères aux besoins du contexte. Diverses formes de ministère
ordonné ont reçu la bénédiction des dons de l'Esprit. Vers le
troisième siècle, le triple ministère d'évêque, de presbytre et
de diacre représentait le modèle généralement admis. Beaucoup
d'Eglises l'ont conservé jusqu'à ce jour bien que, par la suite, il ait connu
d'importantes modifications importantes dans la façon dont il est exercé.
Aujourd'hui, ce modèle est toujours en cours d'évolution dans la plupart des
Eglises.
87. La responsabilité principale du ministère ordonné consiste à
rassembler et à édifier le corps du Christ en proclamant et en enseignant la Parole
de Dieu, en célébrant le baptême et la Cène du Seigneur et en
guidant la vie de la communauté dans l'adoration et la mission. C'est toute l'Eglise et
chacun de ses membres qui, avec l'aide du ministère ordonné, participent à
la transmission fidèle de l'Evangile. Ce qui est essentiel à ce témoignage de
l'Eglise, ce ne sont pas seulement ses paroles mais aussi l'amour mutuel de ses membres, la
qualité du service apporté aux démunis, une vie menée dans la
justice et le bon ordre, ainsi qu'une façon équitable de répartir et d'exercer
le pouvoir.
88. On trouve la première manifestation de la succession apostolique dans la tradition
apostolique de l'Eglise dans son ensemble. Au cours de l'histoire, l'Eglise a
élaboré plusieurs modes de transmission de la vérité apostolique
à travers les âges, dans des circonstances et des contextes culturels
différents : le canon de l'Ecriture, le dogme, l'ordre liturgique, des structures
dépassant le niveau des communautés locales. Le ministère des personnes
ordonnées est destiné à servir de manière spécifique la
continuité apostolique de l'Eglise dans son ensemble. Dans ce cadre, la succession dans
le ministère est un moyen mis au service de la continuité apostolique de l'Eglise.
Elle trouve sa principale expression dans l'acte de l'ordination, lorsque l'Eglise tout
entière, par l'intermédiaire de ses ministres ordonnés, participe à
l'ordination de ceux qui ont été choisis pour exercer le ministère de la
Parole et des sacrements.
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Bien que les dialogues multilatéraux et bilatéraux sur le ministère ordonné aient permis de parvenir à une certaine convergence, il reste encore plusieurs points à examiner : la présidence de l'eucharistie, le caractère représentatif du ministère, le triple ministère comme moyen de parvenir à l'unité et comme expression de cette unité, la nature de l'ordination, le fait que seuls des hommes soient ordonnés au ministère de la parole et des sacrements. Il y a désaccord sur la fonction principale du ministère : est-ce la présidence de l'eucharistie, la prédication de la parole, ou encore ces deux fonctions à la fois mises sur un même plan? Il y a désaccord sur l'interprétation du caractère représentatif du ministère ordonné. Tous estiment que les ministres représentent la communauté qu'ils ont vocation de servir. On s'accorde aussi sur le fait que les ministres, dans la mesure où ils proclament la Parole de Dieu et administrent les sacrements, s'adressent à la communauté au nom du Christ. Mais on n'est pas d'accord sur la question de savoir si les ministres ordonnés, en tant que tels, représentent le Christ. Le fait de reconnaître que l'apostolicité et la succession apostolique appartiennent à l'Eglise tout entière est important pour le réexamen de la question de la continuité apostolique et de sa relation avec la continuité ministérielle. (Cela a déjà aidé à instaurer la communion entre certaines Eglises). Mais les Eglises divergent au sujet de l'importance qu'elles accordent aux différents moyens de préserver la continuité apostolique. Il y a par exemple de nettes différences dans la façon dont les Eglises conçoivent les moyens de préserver la continuité apostolique, la manière dont ces moyens sont reliés entre eux, jusqu'à quel point ils participent à la continuité promise à l'Eglise, de quelle façon la continuité apostolique dépend de ces moyens (cf. encadré, chapitre I. A). L'une des raisons de ces différences réside dans la manière dont les Eglises définissent la relation entre l'initiative divine et la réponse humaine. |
89. L'Eglise, corps du Christ et peuple eschatologique de
Dieu, est édifiée par l'Esprit Saint au moyen de divers dons ou ministères.
Parmi ces dons, un ministère d'episkopé (supervision) sert à
exprimer et à promouvoir l'unité visible du corps. Toute Eglise a besoin de ce
ministère d'unité sous une forme ou sous une autre.
90. La diversité des dons que Dieu fait à l'Eglise exige un ministère de
coordination, de façon à ce que ces dons puissent bénéficier à
toute l'Eglise, à son unité et à sa mission. Le don d'episkopé
est destiné au service de toute la communauté. L'objectif en est que le troupeau
du Christ soit fidèlement nourri, de manière conforme à Son
commandement, tout au long des âges et dans l'unité avec les chrétiens des
différents lieux. L'episkopé est une exigence de toute l'Eglise, et le fait
que ce ministère s'exerce fidèlement en accord avec l'Evangile est d'une
importance capitale pour sa vie et pour sa mission. Le ministère
d'episkopé suppose une responsabilité réciproque entre ceux
à qui cette charge a été confiée et l'ensemble de la
communauté apostolique de l'Eglise. La responsabilité de ceux qui ont
été appelés à exercer l'episkopéne saurait être
assumée sans la collaboration, le soutien et l'accord de toute la communauté. En
même temps, la fidélité et l'action efficace de la communauté sont
soutenues par un ministère mis à part avec pour tâche de la conduire dans
sa mission, son enseignement et sa vie commune.
91. Au cours des premiers siècles, la communion entre les communautés locales,
qui avait jusque là été maintenue grâce à toute une
série de liens informels tels que des visites, des lettres, des collectes, s'est de plus en
plus institutionnalisée. On a vu apparaître deux structures principales
d'episkopé : l'une personnelle, l'autre collégiale. Il s'agissait de garder la
communion entre les communautés locales, de préserver et de transmettre la
vérité apostolique, de s'apporter un soutien mutuel et de conduire les croyants
dans le témoignage de l'Evangile. Le terme episkopé recouvre toutes ces
fonctions.
92. L'évolution particulière des structures de l'episkopé a
varié selon les différentes régions de l'Eglise : cela vaut à la fois pour
l'episkopé des synodes et pour le système épiscopal. La
concentration de la plupart des fonctions épiscopales entre les mains d'un seul individu
(episcopos) a été plus ou moins tardive selon les lieux. Ce qui est clair
dans tous les cas, c'est que l'episkopé et le système épiscopal
servent à maintenir la continuité dans la vérité apostolique et
l'unité de vie.
93. l'époque de la Réforme, les Eglises issues de ce mouvement en sont venues
à exercer le ministère de supervision de diverses manières et l'on a vu
apparaître un modèle multiforme. Les Réformateurs voulaient revenir
à l'apostolicité de l'Eglise, dont ils estimaient qu'elle avait été
entièrement altérée. En poursuivant cet objectif, ils se sont vu
confrontés à cette alternative : demeurer dans les structures ecclésiastiques
dont ils avaient hérité, ou rester fidèles à l'apostolicité de
l'Eglise et, dans ce cas, accepter de rompre avec la structure globale de l'Eglise, y compris
avec le ministère de primauté universelle. Néanmoins, ils ont
continué à penser qu'il était nécessaire d'avoir un ministère
d'episkopé, que les Eglises de la Réforme ont organisé de diverses
manières. Certaines ont exercé l'episkopé sous une forme synodale.
D'autres ont conservé ou ont mis en place des ministères d'episkopé
personnelle sous diverses formes, en fonction des circonstances, en se rapprochant parfois
des modèles du moyen âge, parfois en s'en éloignant, certaines conservant
le signe de la succession épiscopale historique.
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Les Eglises qui ont gardé la succession épiscopale sont exhortées à reconnaître que, dans les Eglises qui n'ont pas conservé ce type de succession, il y a continuité fidèle avec la foi apostolique en même temps qu'un contenu apostolique du ministère ordonné, et également qu'il existe dans ces Eglisesous diverses formes. Les Eglises qui n'ont pas la succession épiscopale et qui vivent dans une continuité fidèle avec la foi et la mission apostoliques sont invitées à considérer que la continuité avec l'Eglise des apôtres peut trouver son expression dans l'acte de l'imposition des mains accompli par les évêques de génération en génération, et que ce signe peut servir la continuité elle-même (cf. encadré, chapitre I. A.(1)). En raison de la séparation des Eglises, il n'y a, de facto, aucun exercice collégial du ministère oecuménique conduit de plus en plus à un certain degré de partage de ce ministère dans de nombreuses régions du monde. Faudrait-il accroître ce partage, et de quelle façon ? |
95. Ceux qui exercent un ministère d'episkopé se voient confier par l'Eglise l'exercice spécifique de l'autorité du Christ qui a été conférée à cette Eglise. Il n'est pas de véritable autorité dans l'Eglise qui ne soit conférée par l'Esprit Saint afin qu'elle soit exercée comme il convient. Le modèle à suivre pour la pratique de toute supervision dans l'Eglise est celui offert par le Christ, et par la manière dont il a lui-même exercé l'autorité, par exemple lors du lavement des pieds des disciples, ou encore dans ses paroles : "Je suis au milieu de vous à la place de celui qui sert" (Lc 22, 25-27 ; Mt 20, 25-28 ; Mc 9, 35 ; 10, 42-45).
96. L'interrelation existant entre les différents niveaux de la vie de l'Eglise est maintenue par un ministère d'episkopé qui s'exerce de façon communautaire, personnelle et collégiale. Ce ministère permet d'entretenir cette interdépendance. Par "synodalité" (ou dimension communautaire), nous entendons le fait que toutes les Eglises "cheminent ensemble"; par "collégialité", la "communion" de tous ceux qui y exercent un ministère de supervision.
97. Ces trois dimensions de la supervision trouvent leur expression au niveau local, au niveau régional et au niveau mondial de la vie des Eglises. Elles favorisent la communion de l'Eglise en préservant son unité et sa diversité.
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D'autres demandent si le terme "hiérarchie" n'implique pas une conception plus ontologique que fonctionnelle de la différence entre ministres et laïcs, mettant également en doute la comparaison des relations entre membres ordonnés et membres laïques de l'Eglise avec les relations intra-trinitaires. Ils rejettent aussi l'idée d'un ordre hiérarchique du ministère pour avoir fait l'expérience ambiguë de la hiérarchie. Selon le jugement porté par ces Eglises, les abus qu'entraînèrent les structures hiérarchiques, au cours de l'histoire, viennent essentiellement du fait qu'elles avaient intégré des modèles de domination et de subordination dans leur fonctionnement même. Dans la mesure où les charismes ne peuvent pas être exercés indépendamment ou au-dessus de la communion de membres coresponsables, les Eglises souhaiteront peut-être examiner à nouveau s'il convient d'utiliser le terme de "hiérarchie" pour désigner l'ordre des ministères dans l'Eglise. |
98. La vie communautaire (conciliaire ou synodale) de l'Eglise est
fondée sur le sacrement du baptême. Tous les baptisés ont une
responsabilité commune à l'égard de la foi et du témoignage
apostoliques de toute l'Eglise. La dimension communautaire de la vie de l'Eglise renvoie au fait
que le corps tout entier des fidèles participe à une consultation commune, parfois
par le biais de structures représentatives et constitutionnelles, concernant le bien de
l'Eglise et l'engagement commun au service de la mission de Dieu dans le monde. La vie
communautaire maintient tous les baptisés dans un réseau d'appartenance, de
responsabilité et de soutien mutuels. Elle suppose l'unité dans la diversité,
et implique que tous s'expriment d'un seul coeur et d'un seul esprit (Ph 2, 1-2). C'est la
manière dont les chrétiens sont maintenus dans l'unité et dont ils cheminent
ensemble, Eglise une; et l'Eglise une se manifeste dans la vie de chaque Eglise locale.
99. L'unité et la communion de l'Eglise requièrent un ministère de
discernement exercé par les fidèles. Le discernement trouve appui dans la
présence du sensus fidei en chaque membre de la communauté. Ce
sensus - sorte de perception spirituelle, de sens, de discernement (intuition) - est le
fruit de la présence de l'Esprit Saint en chacun des croyants baptisés,
présence qui les rend capables de reconnaître ce qui est, ou non, écho
authentique de la voix du Christ dans l'enseignement de la communauté; ce qui est, ou
non, en accord avec la vérité de l'Evangile. Le sensus fidelium -
c'est-à-dire l'expression de ce sensus fidei par l'ensemble des membres - est un
élément essentiel du discernement, de la réception et de l'expression de la
foi chrétienne.
100. Tous les membres baptisés doivent prendre au sérieux leur capacité
à exercer les dons qu'ils ont reçus de l'Esprit Saint - jamais pour eux seuls, mais
pour la vie et la mission de toute la communauté. Tous doivent jouer leur rôle
dans ce discernement de la vérité, en étant attentifs à ceux qui
exercent un ministère particulier d'episkopé, et au moyen de la réception de
la vérité. Dans Actes 15, la rencontre entre les apôtres et les anciens, qui
avait été motivée par les problèmes des communautés locales
dans leurs contextes païen et palestinien, a abouti à la réunion de
personnes choisies et désignées par les Eglises "avec l'accord de toute l'Eglise"
(Ac 15, 22). On peut voir dans cette réunion une préfiguration de la
synodalité (ou conciliarité) de l'Eglise. La vie communautaire de l'Eglise implique
que l'on se réunisse en concile pour rechercher et pour exprimer la volonté du
Christ pour l'Eglise, dans des situations en perpétuelle évolution et face à
de nouveaux défis.
(ii) Dimension personnelle
101. Grâce au discernement de la communauté et sous la
conduite de l'Esprit Saint, Dieu appelle certaines personnes à exercer le ministère
d'episkopé. L'episkopé doit toujours s'exercer au sein de l'ensemble de l'Eglise et
en relation avec elle. L'Esprit qui donne pouvoir à ceux qui sont chargés de ce
ministère est le même que celui qui anime la vie de tous les croyants. De ce fait,
ceux qui exercent l'episkopé sont liés à tous les croyants par un lien
indissoluble. Il ne doivent pas être élevés au-dessus de la
communauté, mais doivent toujours agir dans l'esprit de celui qui est venu non pour
être servi, mais pour servir.
102. Ceux qui exercent l'episkopé ont tout particulièrement le devoir de veiller
sur l'unité, la sainteté, la catholicité et l'apostolicité de l'Eglise. En
discernant les vocations, en ordonnant d'autres ministres chargés de partager le
ministère de la parole et des sacrements, ils prennent soin de la continuité de la
vie de l'Eglise. Dans la tâche particulière qui leur incombe d'assurer l'unité
et la continuité de l'Eglise, ils exercent la discipline.
103. La primauté, là où elle existe, est une expression du mode "personnel"
du ministère. C'est un service de présidence qui doit s'exercer dans un esprit
d'amour et de vérité. La primauté est indissociable des dimensions
collégiale et communautaire de la vie de l'Eglise. Elle renforce l'unité de l'Eglise
et lui permet de parler d'une seule voix.
(iii) Dimension collégiale
104. Dans le Nouveau Testament, ce sont à des groupes
d'apôtres en tant que tels que le Christ confie la charge de prêcher l'Evangile et de
conduire l'Eglise. Grâce au rassemblement de tous ceux à qui la supervision des
Eglises a été confiée, les préoccupations de l'Eglise une sont
partagées dans l'ensemble de la communauté, et les perceptions de l'Eglise au
sens large rapportées à l'Eglise locale. La collégialité assure le
soutien et la responsabilité mutuels.
105. Mettre l'Eglise en mesure de vivre conformément à la mission du Christ est
une démarche permanente qui implique toute la communauté; mais, dans ce
cadre, la réunion des personnes chargées de l'episkopé joue un rôle
particulier. La collégialité renvoie à l'exercice collectif de la
représentation dans les domaines de la direction, de la concertation, du discernement et
de la prise de décision. La collégialité suppose la nature personnelle et
relationnelle de la direction et de l'autorité. Il y a collégialité chaque fois
que ceux qui ont la charge de l'episkopé se réunissent, discernent, s'expriment et
agissent comme une seule personne, au nom de l'ensemble de l'Eglise. Cela suppose que l'on
dirige l'Eglise au moyen de la sagesse acquise par la prière, l'étude et la
réflexion communes et en faisant appel à l'Ecriture, à la tradition et à
la raison - au moyen de la sagesse et de l'expérience de toutes les communautés
ecclésiales et du monde contemporain.
106. Pour que la collégialité puisse se développer, il faut éviter de
clore prématurément le débat, veiller à faire entendre
différentes opinions, écouter l'avis d'experts et recourir aux ressources de
l'érudition. Une supervision collégiale devrait permettre à l'Eglise de vivre
en communion en cherchant à discerner l'esprit du Christ. Cela exige que l'on fasse place
à ceux qui ont des opinions différentes, que l'on préserve et que l'on
prêche l'unité, et même que l'on demande une certaine retenue dans
l'exercice de la direction spirituelle et morale. Le fait de s'exprimer collégialement ne
signifie pas forcément que l'on soit d'accord sur toutes les questions. Cela peut
être une manière de renvoyer à la communauté l'image de la
légitime diversité qui existe au sein de la vie de l'Eglise à toute
époque.
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Les termes utilisés pour désigner les différentes dimensions du ministère de supervision varie d'une Eglise à l'autre, et même d'un théologien à l'autre au sein de la même Eglise, ainsi que d'un rapport oecuménique à l'autre. Cela est une source de malentendu dans la discussion sur le ministère de supervision. Les termes "communautaire", "conciliaire" et "synodal" s'appliquent à la vie de toute l'Eglise, et non pas uniquement aux structures et aux processus qui lui servent de support.
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107. La conciliarité est un trait essentiel de la vie
de l'Eglise, fondé sur le fait que ses membres ont en commun le baptême (1 P 2).
Sous la conduite de l'Esprit Saint, toute l'Eglise, qu'elle soit dispersée ou
rassemblée, est conciliaire. Ainsi, la conciliarité est présente à tous
les niveaux de la vie de l'Eglise. Elle est déjà présente dans les relations qui
existent entre les membres des plus petites communautés locales, les relations entre les
personnes selon Galates 3, 28 - "vous n'êtes qu'un en Jésus Christ"- excluant
toute division, toute forme de discrimination, de domination et de soumission. Dans la
communauté eucharistique locale, la conciliarité est la profonde unité dans
l'amour et dans la vérité entre les membres, ainsi qu'entre eux et le ministre qui
préside la communauté.
108. Le caractère interrelationnel de la vie de l'Eglise s'exprime aux différents
niveaux de cette vie, "tous en chaque lieu" étant liés à "tous en tout lieu".
Cette interdépendance est fortifiée par un ministère au service de
l'unité. Ce ministère s'exerce de façon communautaire, personnelle et
collégiale.
109. Chaque fois que des personnes, des communautés locales ou des Eglises
régionales se réunissent pour tenir conseil et prendre d'importantes
décisions, il est nécessaire que quelqu'un convoque et préside cette
rencontre pour le bon ordre des choses et pour faciliter la démarche qui consiste
à promouvoir, à discerner et à exprimer un consensus. C'est ce que
montrent clairement les synodes et les conciles, à toutes les époques et dans
toutes les Eglises montent clairement. Celui ou celle qui préside doit toujours être
au service de ceux parmi lesquels s'exerce sa présidence pour l'édification de
l'Eglise de Dieu, dans l'amour et la vérité. La présidence a le devoir de
respecter l'intégrité des Eglises locales, de donner la parole à ceux qui
n'ont pas l'occasion de s'exprimer et de défendre l'unité dans la
diversité.
110. Dans les situations de crise, les synodes, aujourd'hui comme par le passé, se
réunissent pour discerner la vérité apostolique face à telle menace ou
tel danger particulier pour la vie de l'Eglise. Souvent (même si cela n'a pas toujours
été le cas), on a reconnu leurs décisions comme étant l'expression
véritable de la foi apostolique. Le processus de réception qui a lieu en
permanence dans la vie de l'Eglise sous la conduite de l'Esprit Saint consiste à
reconnaître le caractère véridique ou non d'une décision
conciliaire.
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La plupart des Eglises conviennent qu'il faut une présidence à la célébration de l'eucharistie. Certaines d'entre elles iraient plus loin en disant qu'il en résulte qu'un rassemblement de communautés eucharistiques au niveau régional et au niveau mondial a également besoin d'une présidence, au service de la communion. Dans cette perspective, la conciliarité implique la primauté, et la primauté suppose la conciliarité. Restent les questions relatives aux fonctions qui seraient précisément celles d'un ministre chargé de cette présidence (questions qui se posent aussi bien au sein des Eglises qu'entre elles).
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