conseil oecumenique des eglises

conseil oecuménique des églises
foi et constitution

La nature et le but de l'Eglise:
Vers une déclaration commune

Foi et constitution Document no 181 - novembre 1998


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A. La foi apostolique

B. Le baptême

C. L'eucharistie

D. Le ministère

E. La supervision: ses dimensions communautaire, personnelle et collégiale

F. La conciliarité (dimension communautaire, synodalité) et la primauté

IV. LA VIE EN COMMUNION

68. Le Dieu-Trinité est la source de la vie de l'Eglise, de son unité et de sa diversité. Dieu accorde à l'Eglise tous les dons et toutes les ressources nécessaires à sa vie et à sa mission. Il lui fait don de la foi apostolique, du baptême et de l'eucharistie comme moyens de grâce en vue de créer et de fortifier la koinonia. Ces moyens se rattachent à d'autres qui servent à garder vivante et à préserver l'intégrité de la koinonia du peuple de Dieu.

A. La foi apostolique

69. L'Eglise est appelée en tout temps et en tout lieu à "persévérer dans l'enseignement des apôtres". "La foi de l'Eglise à travers les siècles" est la même que "la foi qui a été transmise aux saints définitivement" (Jude 3).


70. La foi apostolique est révélée de manière unique par Dieu dans l'Ecriture sainte, et énoncée dans les symboles oecuméniques. L'Eglise est appelée à proclamer la même foi de façon neuve et pertinente à chaque génération, et en tout lieu. Chaque Eglise, là où elle se trouve, est appelée dans la puissance de l'Esprit Saint à rendre cette foi pertinente et vivante dans le contexte culturel, social, politique et religieux particulier qui est le sien. La foi apostolique doit être interprétée dans le contexte d'époques et de lieux toujours en évolution : elle doit se situer dans la continuité du témoignage originel de la communauté apostolique et de l'interprétation fidèle qui a été donnée de ce témoignage à travers les siècles.

71. La foi apostolique ne se réfère pas à une formule unique et immuable ni à une période particulière de l'histoire chrétienne. Elle est confessée dans le culte, dans la vie et le service - dans la tradition vivante de l'Eglise. La foi transmise par la tradition vivante de l'Eglise est la foi suscitée par la Parole de Dieu et inspirée par l'Esprit Saint, attestée dans l'Ecriture sainte. Le contenu en est exposé dans les symboles oecuméniques de la première Eglise et attesté également sous d'autres formes. Elle est proclamée dans les nombreuses confessions de foi des Eglises. Elle est prêchée aujourd'hui dans le monde entier. Elle est nourrie et célébrée par les liturgies, et manifestée dans le service et la mission des communautés chrétiennes fidèles.

72. La tradition apostolique de l'Eglise, c'est la continuité dans les caractères permanents de l'Eglise des apôtres : le témoignage rendu à la foi apostolique, la proclamation de l'Evangile et son interprétation toujours neuve, la célébration du baptême et de la Cène du Seigneur, la transmission des responsabilités ministérielles, la communion dans la prière, l'amour, la joie et la souffrance, le service aux malades et aux personnes démunies, la communion des Eglises locales entre elles et le partage des dons que le Seigneur a accordés à chacun.

73. Au sein de la tradition apostolique, le Symbole oecuménique de Nicée-Constantinople (381) constitue une expression prééminente de la foi apostolique - foi qui est confessée partout, y compris par ceux qui n'utilisent pas ce Symbole. Ce credo symbolise la foi révélée de manière unique dans les Ecritures. Cette même foi s'exprime dans la prédication, le culte, les sacrements, les confessions de foi anciennes et plus récentes, et dans la vie et la mission de l'Eglise, dans différents contextes culturels et différentes communions ecclésiales. Le langage utilisé dans le Symbole de Nicée-Constantinople, comme celui de tous les credo, est conditionné par le temps et le contexte. C'est ce texte qui, au cours des siècles et jusqu'à ce jour, a été le plus utilisé par les chrétiens. Son usage pour la confession de foi et la louange à Dieu exprime à la fois la continuité à travers les âges et la communion, aujourd'hui, avec les chrétiens du monde entier. Le fait qu'il ne soit pas utilisé dans certaines Eglises ne doit pas donner à penser qu'elles se seraient écartées de la foi. leur manière, elles confessent aussi la même foi apostolique.

74. La foi de l'Eglise doit être vécue comme une réponse dynamique aux interpellations de chaque époque et de chaque lieu. L'Evangile traite de situations individuelles et collectives, y compris de situations d'injustice, de violations de la dignité humaine et de dégradation de la création. Par exemple, quand les chrétiens confessent que Dieu est le créateur de toutes choses, cela doit les amener à être attentifs, dans leur vie, à l'excellence de la création et à sa sauvegarde. Confesser l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique les conduit à oeuvrer pour l'unité visible de l'Eglise. Les chrétiens sont appelés à proclamer l'Evangile en paroles et en actes afin de vivre dans leur vie le message du Christ crucifié et ressuscité. La communion de foi qu'ils expriment dans leurs paroles et leur manière de vivre comporte une dimension à la fois individuelle et collective.

La foi apostolique

Certaines Eglises font régulièrement usage de confessions de foi dans le culte, d'autres non. Toutes sont invitées à reconnaître qu'elles expriment la même foi dans la prédication, le culte, les sacrements, leur vie et leur mission.

Il faut proclamer la foi apostolique de façon neuve à chaque génération et en chaque lieu. Les Eglises sont en désaccord sur la question des structures de communion conciliaire qui permettraient de nourrir la communion de foi dans des situations en constante évolution.

Actuellement, les Eglises sont en désaccord sur les limites tolérables qu'il faut fixer à la diversité dans la confession de la foi une. Par exemple, les points suivants peuvent-ils être des facteurs de division entre les Eglises:

  • interpréter la résurrection du Christ de façon uniquement symbolique ?
  • ne confesser le Christ que comme un médiateur parmi d'autres ?
  • remplacer l'histoire de l'ancien Israël, telle qu'elle est rapportée par l'Ancien Testament, par celle de sa propre culture et de son propre peuple avant l'arrivée du christianisme ?
  • interpréter différemment la contribution et la responsabilité des auteurs humains dans la rédaction des Ecritures ?
  • envisager différemment la procession de l'Esprit Saint ?

B. Le baptême

75. Dans le Symbole oecuménique de Nicée-Constantinople, les chrétiens confessent "un seul baptême pour le pardon des péchés". Par cet unique baptême d'eau au nom du Dieu-Trinité, Père, Fils et Saint Esprit, par la puissance de l'Esprit Saint, les chrétiens sont unis au Christ, les uns aux autres et à l'Eglise de tous les temps et de tous les lieux. Notre baptême commun, qui nous unit au Christ dans la foi, est ainsi un lien fondamental d'unité.

76. Le baptême est un signe de vie nouvelle par le Christ, le moyen qui nous est donné d'avoir part à la vie, à la mort et à la résurrection de Jésus Christ. Le baptême implique la confession des péchés, la conversion du coeur, le pardon, la purification et la sanctification. Le baptême est le don de l'Esprit Saint et l'acte par lequel le chrétien est incorporé au corps du Christ : il est le signe du Royaume de Dieu et de la vie du monde à venir. Le baptême est considéré comme "l'ordination" de tous les croyants.

77. Tous les êtres humains ont en commun le fait d'avoir été créés de la main de Dieu, la sollicitude que leur manifeste la providence divine, et la part qu'ils prennent aux activités des institutions sociales, économiques et culturelles chargées de préserver la vie humaine. Lorsque quelqu'un est baptisé, il "revêt Christ" (Ga 3, 27), il entre dans la koinonia du corps du Christ (1 Co 12, 13), il a reçu cette part d'Esprit Saint qui est le privilège des enfants adoptifs de Dieu (Rm 8, 15 s), et il peut ainsi bénéficier à l'avance de cette communion avec la nature divine que Dieu promet et projette pour l'humanité (2 P 1, 4). Pour le moment, la solidarité des chrétiens avec les joies et les peines de leur prochain, leur engagement dans la lutte pour la dignité de tous ceux qui souffrent, des exclus, des pauvres, tout cela fait partie de leur vocation de baptisés. C'est la façon dont ils sont mis face à face avec le Christ s'identifiant aux victimes de l'injustice et aux exclus.

Le baptême

Des divergences subsistent entre certaines traditions chrétiennes, sur les points suivants :
  • la nature sacramentelle du baptême,
  • les rapports entre baptême et foi,
  • l'action de l'Esprit Saint,
  • le statut de membre d'Eglise,
  • le baptême des enfants et le baptême de ceux qui peuvent parler en leur propre nom,
  • la formule baptismale,
  • la façon de procéder au baptême.
La reconnaissance du baptême un en Christ et du lien fondamental de communion que crée le baptême soulève des questions urgentes concernant la responsabilité mutuelle: devrait-il y avoir obligation ou non de se rendre mutuellement des comptes et comment déterminer cette obligation?

Les chrétiens sont de plus en plus disposés à reconnaître leurs baptêmes respectifs. Cela remet en question la pratique du prétendu re-baptême. Le baptême est célébré au nom de la sainte Trinité et suppose la foi en celle-ci. En conséquence, il convient que toutes les confessions considèrent comme valide, et célébré une fois pour toutes, tout baptême célébré avec de l'eau, au nom de la sainte Trinité, et fondé sur la foi en elle.

Il existe des communautés et des chrétiens qui ne pratiquent pas le rite du baptême mais qui partagent l'expérience spirituelle de la vie en Christ.


C. L'eucharistie

78. Le baptême est très étroitement lié à l'eucharistie. La communion réalisée dans le baptême a son centre et trouve son expression dans l'eucharistie une. Il existe un lien dynamique entre baptême et eucharistie. La foi baptismale est réaffirmée et la grâce est donnée au fidèle qui vit de sa vocation chrétienne.

79. La sainte Communion est le repas au cours duquel les chrétiens, rassemblés autour de la table du Seigneur, reçoivent le corps et le sang du Christ. C'est une action de grâce au Père pour tout ce qui a été accompli dans la création, la rédemption et la sanctification; un mémorial (anamnesis) de la mort et de la résurrection du Christ Jésus et de tout ce qui a été accompli une fois pour toutes sur la croix; la présence réelle du Christ crucifié et ressuscité qui donne sa vie pour toute l'humanité; la communion des fidèles, et l'anticipation et l'avant-goût du Royaume à venir.

80. Confession de foi et baptême sont indissociables d'une vie de service et de témoignage. De même, la célébration eucharistique exige la réconciliation et le partage entre tous ceux et celles qui sont considérés comme frères et soeurs dans la famille une de Dieu; elle les incite en permanence à rechercher des relations appropriées dans la vie sociale, économique et politique (Mt 5, 23 ss ; 1 Co 10, 14 ; 1 Co 11, 20-22). La sainte Communion est le sacrement qui édifie la communauté; c'est pourquoi, au moment où nous participons au corps et au sang du Christ, toute forme d'injustice, de racisme, d'aliénation et de privation de liberté est mise en cause de façon radicale. Par le repas du Seigneur, la grâce de Dieu qui renouvelle toute chose pénètre la personnalité et la dignité humaines et les restaure. L'eucharistie fait participer le croyant à l'événement central de l'histoire du monde. C'est pourquoi, nous qui prenons part à l'eucharistie, nous nous montrons inconséquents si nous ne participons pas activement au rétablissement du monde et de la condition humaine. La sainte Communion nous montre que face à la présence réconciliatrice de Dieu dans l'histoire humaine, notre comportement n'est pas cohérent : nous sommes continuellement mis en jugement à cause du maintien, dans notre société, de relations injustes de toutes sortes et de multiples divisions dues à l'orgueil humain, aux intérêts matériels et à une politique de puissance mais, par-dessus tout, à cause de la persistance d'oppositions confessionnelles injustifiables au sein du corps du Christ.

L'eucharistie

La communion dans la foi et le baptême a son centre dans l'eucharistie une. Pour tous les chrétiens, c'est un sujet de préoccupation permanente que de ne pas partager tous ensemble la sainte Communion. Il y a ceux qui, en raison d'une profonde conviction et sur la base de leur baptême commun, invitent tous ceux qui croient en Christ à recevoir la communion, convaincus que le partage eucharistique est à la fois un moyen de créer l'unité visible et le but de cette unité. Certaines Eglises pratiquent l'hospitalité eucharistique avec les personnes baptisées et en règle dans leur propre Eglise. D'autres offrent cette hospitalité dans des circonstances très limitées. Dans d'autres Eglises encore, la communion eucharistique est perçue comme l'ultime expression d'un accord dans la foi et d'une communion de vie. Ceux qui sont de cet avis considèrent que le fait de partager le repas du Seigneur avec ceux qui se situent en dehors de leur propre tradition serait une anomalie. En conséquence, selon certaines Eglises, la pratique de "l'hospitalité eucharistique" constitue l'antithèse d'un engagement en faveur d'une pleine unité visible. En dépit d'un vaste éventail de conceptions et de pratiques, on rencontre une volonté croissante de comprendre les positions des autres et un désir partagé d'exprimer la communion baptismale dans la communion eucharistique comme faisant partie d'une communion de vie.

En ce qui concerne la conception et la pratique de l'eucharistie, reste la question de savoir s'il s'agit en premier lieu d'un repas au cours duquel les chrétiens reçoivent le corps et le sang du Christ, ou si c'est essentiellement un service d'action de grâce.

Chez ceux pour qui l'eucharistie est d'abord un service d'action de grâce, il y a un accord de plus en plus large au sujet de son caractère sacrificiel. Les points de désaccord qui demeurent concernent principalement la façon dont le sacrifice de Jésus Christ au Calvaire est rendu présent dans l'acte eucharistique. Le recours aux biblistes et aux spécialistes de la patristique a permis d'explorer plus avant la signification du terme biblique anamnesis, et cela aide à la réconciliation des différentes approches. Pourtant, certains soutiennent que dans les textes théologiques et oecuméniques, on a accordé à cette notion plus de poids qu'elle n'en peut porter réellement.

Les Eglises continuent de ne pas être d'accord sur la nature et le mode de présence du Christ dans l'eucharistie. D'importantes divergences subsistent quant au rôle de l'Esprit Saint dans l'ensemble de la célébration eucharistique.


D. Le ministère

81. C'est la vocation de l'Eglise tout entière d'être au service du dessein de Dieu. Elle est appelée à servir le monde en tout temps et en tout lieu.

82. L'Esprit Saint accorde des dons à chacun des membres du corps du Christ en vue de l'édification de la communauté de l'Eglise et de l'accomplissement fidèle de la mission du Christ. Tous ont reçu des dons et tous ont à en répondre. Ce service est offert par le peuple de Dieu tout entier: les chrétiens à titre individuel, les communautés locales, ou l'Eglise à tous les niveaux de sa vie.

83. En tant que communion des baptisés, l'Eglise est une communauté sacerdotale qui rassemble tout le peuple de Dieu (1 P 2). Jésus Christ est le seul prêtre de la nouvelle alliance (He 9, 11). La vie du Christ a été offerte en sacrifice pour tous. Par déduction, on peut dire de l'Eglise dans son ensemble qu'elle est un corps sacerdotal. Tous ses membres sont appelés à offrir leur être en sacrifice vivant et à intercéder pour l'Eglise et pour le monde.

84. Cela est vrai pour tous les membres de l'Eglise qui, en fonction de leur commun baptême, servent le monde en proclamant l'Evangile, en témoignant de leur foi par leur façon de vivre et en intercédant pour le salut du monde. Cela fait également partie de leur service au monde de nourrir ceux qui ont faim, de venir en aide aux pauvres et aux exclus, de réparer les injustices et de se soucier de la sauvegarde de la création, avec toutes les personnes de bonne volonté. En agissant ainsi, ils sont en harmonie avec la mission de l'Eglise.

85. Dès les premiers temps, il y a eu ceux qui ont été choisis par la communauté sous la conduite de l'Esprit et qui ont reçu une autorité et une responsabilité particulières. Très tôt dans l'histoire de l'Eglise, on a ressenti le besoin d'avoir un ministère ordonné qui soit au service de la communion. Les ministres ordonnés servent à édifier la communauté, à préparer les saints à leur ministère et à fortifier le témoignage de l'Eglise dans le monde. Ils ne peuvent pas se passer du soutien et de l'encouragement constants de la communauté - au nom de laquelle ils ont été choisis et pour laquelle ils agissent, par la puissance de l'Esprit Saint, en leur qualité de représentants. Les ministres ordonnés ont une responsabilité particulière à l'égard du ministère de la parole et des sacrements. Ils exercent un ministère d'accompagnement pastoral et conduisent la communauté dans la mission. De ces diverses manières, ils affermissent la communion de foi, de vie et de témoignage de l'ensemble du peuple de Dieu.

86. Dans le Nouveau Testament, il n'y a pas de modèle unique de désignation au ministère. L'Esprit, à différentes périodes, a conduit l'Eglise à adapter ses ministères aux besoins du contexte. Diverses formes de ministère ordonné ont reçu la bénédiction des dons de l'Esprit. Vers le troisième siècle, le triple ministère d'évêque, de presbytre et de diacre représentait le modèle généralement admis. Beaucoup d'Eglises l'ont conservé jusqu'à ce jour bien que, par la suite, il ait connu d'importantes modifications importantes dans la façon dont il est exercé. Aujourd'hui, ce modèle est toujours en cours d'évolution dans la plupart des Eglises.

87. La responsabilité principale du ministère ordonné consiste à rassembler et à édifier le corps du Christ en proclamant et en enseignant la Parole de Dieu, en célébrant le baptême et la Cène du Seigneur et en guidant la vie de la communauté dans l'adoration et la mission. C'est toute l'Eglise et chacun de ses membres qui, avec l'aide du ministère ordonné, participent à la transmission fidèle de l'Evangile. Ce qui est essentiel à ce témoignage de l'Eglise, ce ne sont pas seulement ses paroles mais aussi l'amour mutuel de ses membres, la qualité du service apporté aux démunis, une vie menée dans la justice et le bon ordre, ainsi qu'une façon équitable de répartir et d'exercer le pouvoir.

88. On trouve la première manifestation de la succession apostolique dans la tradition apostolique de l'Eglise dans son ensemble. Au cours de l'histoire, l'Eglise a élaboré plusieurs modes de transmission de la vérité apostolique à travers les âges, dans des circonstances et des contextes culturels différents : le canon de l'Ecriture, le dogme, l'ordre liturgique, des structures dépassant le niveau des communautés locales. Le ministère des personnes ordonnées est destiné à servir de manière spécifique la continuité apostolique de l'Eglise dans son ensemble. Dans ce cadre, la succession dans le ministère est un moyen mis au service de la continuité apostolique de l'Eglise. Elle trouve sa principale expression dans l'acte de l'ordination, lorsque l'Eglise tout entière, par l'intermédiaire de ses ministres ordonnés, participe à l'ordination de ceux qui ont été choisis pour exercer le ministère de la Parole et des sacrements.

Le ministère

Où le ministère ordonné se situe-t-il? dans le peuple de Dieu, avec lui ou au-dessus de lui? Cette question fait l'objet de controverses au sein des Eglises et entre elles.

Bien que les dialogues multilatéraux et bilatéraux sur le ministère ordonné aient permis de parvenir à une certaine convergence, il reste encore plusieurs points à examiner : la présidence de l'eucharistie, le caractère représentatif du ministère, le triple ministère comme moyen de parvenir à l'unité et comme expression de cette unité, la nature de l'ordination, le fait que seuls des hommes soient ordonnés au ministère de la parole et des sacrements.

Il y a désaccord sur la fonction principale du ministère : est-ce la présidence de l'eucharistie, la prédication de la parole, ou encore ces deux fonctions à la fois mises sur un même plan?

Il y a désaccord sur l'interprétation du caractère représentatif du ministère ordonné. Tous estiment que les ministres représentent la communauté qu'ils ont vocation de servir. On s'accorde aussi sur le fait que les ministres, dans la mesure où ils proclament la Parole de Dieu et administrent les sacrements, s'adressent à la communauté au nom du Christ. Mais on n'est pas d'accord sur la question de savoir si les ministres ordonnés, en tant que tels, représentent le Christ.

Le fait de reconnaître que l'apostolicité et la succession apostolique appartiennent à l'Eglise tout entière est important pour le réexamen de la question de la continuité apostolique et de sa relation avec la continuité ministérielle. (Cela a déjà aidé à instaurer la communion entre certaines Eglises). Mais les Eglises divergent au sujet de l'importance qu'elles accordent aux différents moyens de préserver la continuité apostolique. Il y a par exemple de nettes différences dans la façon dont les Eglises conçoivent les moyens de préserver la continuité apostolique, la manière dont ces moyens sont reliés entre eux, jusqu'à quel point ils participent à la continuité promise à l'Eglise, de quelle façon la continuité apostolique dépend de ces moyens (cf. encadré, chapitre I. A). L'une des raisons de ces différences réside dans la manière dont les Eglises définissent la relation entre l'initiative divine et la réponse humaine.


E. La supervision (episkopé) : ses dimensions communautaire, personnelle et collégiale

89. L'Eglise, corps du Christ et peuple eschatologique de Dieu, est édifiée par l'Esprit Saint au moyen de divers dons ou ministères. Parmi ces dons, un ministère d'episkopé (supervision) sert à exprimer et à promouvoir l'unité visible du corps. Toute Eglise a besoin de ce ministère d'unité sous une forme ou sous une autre.

90. La diversité des dons que Dieu fait à l'Eglise exige un ministère de coordination, de façon à ce que ces dons puissent bénéficier à toute l'Eglise, à son unité et à sa mission. Le don d'episkopé est destiné au service de toute la communauté. L'objectif en est que le troupeau du Christ soit fidèlement nourri, de manière conforme à Son commandement, tout au long des âges et dans l'unité avec les chrétiens des différents lieux. L'episkopé est une exigence de toute l'Eglise, et le fait que ce ministère s'exerce fidèlement en accord avec l'Evangile est d'une importance capitale pour sa vie et pour sa mission. Le ministère d'episkopé suppose une responsabilité réciproque entre ceux à qui cette charge a été confiée et l'ensemble de la communauté apostolique de l'Eglise. La responsabilité de ceux qui ont été appelés à exercer l'episkopéne saurait être assumée sans la collaboration, le soutien et l'accord de toute la communauté. En même temps, la fidélité et l'action efficace de la communauté sont soutenues par un ministère mis à part avec pour tâche de la conduire dans sa mission, son enseignement et sa vie commune.

91. Au cours des premiers siècles, la communion entre les communautés locales, qui avait jusque là été maintenue grâce à toute une série de liens informels tels que des visites, des lettres, des collectes, s'est de plus en plus institutionnalisée. On a vu apparaître deux structures principales d'episkopé : l'une personnelle, l'autre collégiale. Il s'agissait de garder la communion entre les communautés locales, de préserver et de transmettre la vérité apostolique, de s'apporter un soutien mutuel et de conduire les croyants dans le témoignage de l'Evangile. Le terme episkopé recouvre toutes ces fonctions.

92. L'évolution particulière des structures de l'episkopé a varié selon les différentes régions de l'Eglise : cela vaut à la fois pour l'episkopé des synodes et pour le système épiscopal. La concentration de la plupart des fonctions épiscopales entre les mains d'un seul individu (episcopos) a été plus ou moins tardive selon les lieux. Ce qui est clair dans tous les cas, c'est que l'episkopé et le système épiscopal servent à maintenir la continuité dans la vérité apostolique et l'unité de vie.

93. l'époque de la Réforme, les Eglises issues de ce mouvement en sont venues à exercer le ministère de supervision de diverses manières et l'on a vu apparaître un modèle multiforme. Les Réformateurs voulaient revenir à l'apostolicité de l'Eglise, dont ils estimaient qu'elle avait été entièrement altérée. En poursuivant cet objectif, ils se sont vu confrontés à cette alternative : demeurer dans les structures ecclésiastiques dont ils avaient hérité, ou rester fidèles à l'apostolicité de l'Eglise et, dans ce cas, accepter de rompre avec la structure globale de l'Eglise, y compris avec le ministère de primauté universelle. Néanmoins, ils ont continué à penser qu'il était nécessaire d'avoir un ministère d'episkopé, que les Eglises de la Réforme ont organisé de diverses manières. Certaines ont exercé l'episkopé sous une forme synodale. D'autres ont conservé ou ont mis en place des ministères d'episkopé personnelle sous diverses formes, en fonction des circonstances, en se rapprochant parfois des modèles du moyen âge, parfois en s'en éloignant, certaines conservant le signe de la succession épiscopale historique.

L'episkopé

Les Eglises qui pratiquent le ministère d'episkopé principalement, voire exclusivement sous la forme synodale, et les Eglises pour lesquelles la fonction d'évêque est ceepiskopé sont invitées à reconnaître qu'il existe, dans les deux cas, un ministère d'episkopé.

Les Eglises qui ont gardé la succession épiscopale sont exhortées à reconnaître que, dans les Eglises qui n'ont pas conservé ce type de succession, il y a continuité fidèle avec la foi apostolique en même temps qu'un contenu apostolique du ministère ordonné, et également qu'il existe dans ces Eglisesous diverses formes. Les Eglises qui n'ont pas la succession épiscopale et qui vivent dans une continuité fidèle avec la foi et la mission apostoliques sont invitées à considérer que la continuité avec l'Eglise des apôtres peut trouver son expression dans l'acte de l'imposition des mains accompli par les évêques de génération en génération, et que ce signe peut servir la continuité elle-même (cf. encadré, chapitre I. A.(1)).

En raison de la séparation des Eglises, il n'y a, de facto, aucun exercice collégial du ministère oecuménique conduit de plus en plus à un certain degré de partage de ce ministère dans de nombreuses régions du monde. Faudrait-il accroître ce partage, et de quelle façon ?


94. Un ministère de supervision suppose qu'il existe, au sein de la communion de l'Eglise, l'institution d'un ordre et d'une différenciation. Cet ordre (taxis) est appelé à refléter la qualité de l'ordre existant au sein de la communion divine, le Père, le Fils et le Saint Esprit. L'Eglise est une communion de personnes coresponsables : aucune fonction, aucun don, aucun charisme ne s'exerce en dehors de cette communion ou au-dessus d'elle. Tous, au sein du corps un, sont reliés les uns aux autres par l'unique Esprit. Cet ordre, qui reflète la communion divine, ne saurait impliquer ni domination ni subordination.

95. Ceux qui exercent un ministère d'episkopé se voient confier par l'Eglise l'exercice spécifique de l'autorité du Christ qui a été conférée à cette Eglise. Il n'est pas de véritable autorité dans l'Eglise qui ne soit conférée par l'Esprit Saint afin qu'elle soit exercée comme il convient. Le modèle à suivre pour la pratique de toute supervision dans l'Eglise est celui offert par le Christ, et par la manière dont il a lui-même exercé l'autorité, par exemple lors du lavement des pieds des disciples, ou encore dans ses paroles : "Je suis au milieu de vous à la place de celui qui sert" (Lc 22, 25-27 ; Mt 20, 25-28 ; Mc 9, 35 ; 10, 42-45).

96. L'interrelation existant entre les différents niveaux de la vie de l'Eglise est maintenue par un ministère d'episkopé qui s'exerce de façon communautaire, personnelle et collégiale. Ce ministère permet d'entretenir cette interdépendance. Par "synodalité" (ou dimension communautaire), nous entendons le fait que toutes les Eglises "cheminent ensemble"; par "collégialité", la "communion" de tous ceux qui y exercent un ministère de supervision.

97. Ces trois dimensions de la supervision trouvent leur expression au niveau local, au niveau régional et au niveau mondial de la vie des Eglises. Elles favorisent la communion de l'Eglise en préservant son unité et sa diversité.

La hiérarchie

Certains utilisent le mot "hiérarchie" pour désigner la taxis (ou ordre) au sein de l'Eglise. Cet usage est fondé sur l'interprétation patristique de la sainte Trinité : le Père est nommé d'abord en tant que source de toute divinité, puis le Fils en tant qu'il est né du Père, et ensuite l'Esprit Saint, car il est celui en qui Dieu resplendit de toute éternité. Cette hiérarchie n'implique aucune infériorité de l'un des trois au sein de la divinité, qui - c'est le prototype d'une vie relationnelle dans laquelle il n'y a ni subordination ni domination, et dans laquelle unité et diversité sont parfaitement maintenues ensemble. Une telle approche reconnaît le mauvais usage que l'on a fait de la hiérarchie au cours de l'histoire.

D'autres demandent si le terme "hiérarchie" n'implique pas une conception plus ontologique que fonctionnelle de la différence entre ministres et laïcs, mettant également en doute la comparaison des relations entre membres ordonnés et membres laïques de l'Eglise avec les relations intra-trinitaires. Ils rejettent aussi l'idée d'un ordre hiérarchique du ministère pour avoir fait l'expérience ambiguë de la hiérarchie. Selon le jugement porté par ces Eglises, les abus qu'entraînèrent les structures hiérarchiques, au cours de l'histoire, viennent essentiellement du fait qu'elles avaient intégré des modèles de domination et de subordination dans leur fonctionnement même.

Dans la mesure où les charismes ne peuvent pas être exercés indépendamment ou au-dessus de la communion de membres coresponsables, les Eglises souhaiteront peut-être examiner à nouveau s'il convient d'utiliser le terme de "hiérarchie" pour désigner l'ordre des ministères dans l'Eglise.


(i) Dimension communautaire (conciliaire ou synodale)

98. La vie communautaire (conciliaire ou synodale) de l'Eglise est fondée sur le sacrement du baptême. Tous les baptisés ont une responsabilité commune à l'égard de la foi et du témoignage apostoliques de toute l'Eglise. La dimension communautaire de la vie de l'Eglise renvoie au fait que le corps tout entier des fidèles participe à une consultation commune, parfois par le biais de structures représentatives et constitutionnelles, concernant le bien de l'Eglise et l'engagement commun au service de la mission de Dieu dans le monde. La vie communautaire maintient tous les baptisés dans un réseau d'appartenance, de responsabilité et de soutien mutuels. Elle suppose l'unité dans la diversité, et implique que tous s'expriment d'un seul coeur et d'un seul esprit (Ph 2, 1-2). C'est la manière dont les chrétiens sont maintenus dans l'unité et dont ils cheminent ensemble, Eglise une; et l'Eglise une se manifeste dans la vie de chaque Eglise locale.

99. L'unité et la communion de l'Eglise requièrent un ministère de discernement exercé par les fidèles. Le discernement trouve appui dans la présence du sensus fidei en chaque membre de la communauté. Ce sensus - sorte de perception spirituelle, de sens, de discernement (intuition) - est le fruit de la présence de l'Esprit Saint en chacun des croyants baptisés, présence qui les rend capables de reconnaître ce qui est, ou non, écho authentique de la voix du Christ dans l'enseignement de la communauté; ce qui est, ou non, en accord avec la vérité de l'Evangile. Le sensus fidelium - c'est-à-dire l'expression de ce sensus fidei par l'ensemble des membres - est un élément essentiel du discernement, de la réception et de l'expression de la foi chrétienne.

100. Tous les membres baptisés doivent prendre au sérieux leur capacité à exercer les dons qu'ils ont reçus de l'Esprit Saint - jamais pour eux seuls, mais pour la vie et la mission de toute la communauté. Tous doivent jouer leur rôle dans ce discernement de la vérité, en étant attentifs à ceux qui exercent un ministère particulier d'episkopé, et au moyen de la réception de la vérité. Dans Actes 15, la rencontre entre les apôtres et les anciens, qui avait été motivée par les problèmes des communautés locales dans leurs contextes païen et palestinien, a abouti à la réunion de personnes choisies et désignées par les Eglises "avec l'accord de toute l'Eglise" (Ac 15, 22). On peut voir dans cette réunion une préfiguration de la synodalité (ou conciliarité) de l'Eglise. La vie communautaire de l'Eglise implique que l'on se réunisse en concile pour rechercher et pour exprimer la volonté du Christ pour l'Eglise, dans des situations en perpétuelle évolution et face à de nouveaux défis.

(ii) Dimension personnelle

101. Grâce au discernement de la communauté et sous la conduite de l'Esprit Saint, Dieu appelle certaines personnes à exercer le ministère d'episkopé. L'episkopé doit toujours s'exercer au sein de l'ensemble de l'Eglise et en relation avec elle. L'Esprit qui donne pouvoir à ceux qui sont chargés de ce ministère est le même que celui qui anime la vie de tous les croyants. De ce fait, ceux qui exercent l'episkopé sont liés à tous les croyants par un lien indissoluble. Il ne doivent pas être élevés au-dessus de la communauté, mais doivent toujours agir dans l'esprit de celui qui est venu non pour être servi, mais pour servir.

102. Ceux qui exercent l'episkopé ont tout particulièrement le devoir de veiller sur l'unité, la sainteté, la catholicité et l'apostolicité de l'Eglise. En discernant les vocations, en ordonnant d'autres ministres chargés de partager le ministère de la parole et des sacrements, ils prennent soin de la continuité de la vie de l'Eglise. Dans la tâche particulière qui leur incombe d'assurer l'unité et la continuité de l'Eglise, ils exercent la discipline.

103. La primauté, là où elle existe, est une expression du mode "personnel" du ministère. C'est un service de présidence qui doit s'exercer dans un esprit d'amour et de vérité. La primauté est indissociable des dimensions collégiale et communautaire de la vie de l'Eglise. Elle renforce l'unité de l'Eglise et lui permet de parler d'une seule voix.

(iii) Dimension collégiale

104. Dans le Nouveau Testament, ce sont à des groupes d'apôtres en tant que tels que le Christ confie la charge de prêcher l'Evangile et de conduire l'Eglise. Grâce au rassemblement de tous ceux à qui la supervision des Eglises a été confiée, les préoccupations de l'Eglise une sont partagées dans l'ensemble de la communauté, et les perceptions de l'Eglise au sens large rapportées à l'Eglise locale. La collégialité assure le soutien et la responsabilité mutuels.

105. Mettre l'Eglise en mesure de vivre conformément à la mission du Christ est une démarche permanente qui implique toute la communauté; mais, dans ce cadre, la réunion des personnes chargées de l'episkopé joue un rôle particulier. La collégialité renvoie à l'exercice collectif de la représentation dans les domaines de la direction, de la concertation, du discernement et de la prise de décision. La collégialité suppose la nature personnelle et relationnelle de la direction et de l'autorité. Il y a collégialité chaque fois que ceux qui ont la charge de l'episkopé se réunissent, discernent, s'expriment et agissent comme une seule personne, au nom de l'ensemble de l'Eglise. Cela suppose que l'on dirige l'Eglise au moyen de la sagesse acquise par la prière, l'étude et la réflexion communes et en faisant appel à l'Ecriture, à la tradition et à la raison - au moyen de la sagesse et de l'expérience de toutes les communautés ecclésiales et du monde contemporain.

106. Pour que la collégialité puisse se développer, il faut éviter de clore prématurément le débat, veiller à faire entendre différentes opinions, écouter l'avis d'experts et recourir aux ressources de l'érudition. Une supervision collégiale devrait permettre à l'Eglise de vivre en communion en cherchant à discerner l'esprit du Christ. Cela exige que l'on fasse place à ceux qui ont des opinions différentes, que l'on préserve et que l'on prêche l'unité, et même que l'on demande une certaine retenue dans l'exercice de la direction spirituelle et morale. Le fait de s'exprimer collégialement ne signifie pas forcément que l'on soit d'accord sur toutes les questions. Cela peut être une manière de renvoyer à la communauté l'image de la légitime diversité qui existe au sein de la vie de l'Eglise à toute époque.

Les trois dimensions communautaire, personnelle et collégiale

Il faut maintenir ensemble ces trois dimensions. Dans plusieurs Eglises, on a exagéré l'importance de l'une d'elles au détriment des deux autres. Dans certaines Eglises, la dimension personnelle du ministère ordonné tend à amoindrir les dimensions collégiale et communautaire. Dans d'autres, la dimension collégiale ou communautaire prend tellement d'importance que le ministère ordonné en perd sa dimension personnelle. Il est nécessaire que chaque Eglise se demande de quelle manière sa façon d'exercer le ministère ordonné a souffert au cours de l'histoire.

Les termes utilisés pour désigner les différentes dimensions du ministère de supervision varie d'une Eglise à l'autre, et même d'un théologien à l'autre au sein de la même Eglise, ainsi que d'un rapport oecuménique à l'autre. Cela est une source de malentendu dans la discussion sur le ministère de supervision. Les termes "communautaire", "conciliaire" et "synodal" s'appliquent à la vie de toute l'Eglise, et non pas uniquement aux structures et aux processus qui lui servent de support.


F. La conciliarité (dimension communautaire, synodalité) et la primauté

107. La conciliarité est un trait essentiel de la vie de l'Eglise, fondé sur le fait que ses membres ont en commun le baptême (1 P 2). Sous la conduite de l'Esprit Saint, toute l'Eglise, qu'elle soit dispersée ou rassemblée, est conciliaire. Ainsi, la conciliarité est présente à tous les niveaux de la vie de l'Eglise. Elle est déjà présente dans les relations qui existent entre les membres des plus petites communautés locales, les relations entre les personnes selon Galates 3, 28 - "vous n'êtes qu'un en Jésus Christ"- excluant toute division, toute forme de discrimination, de domination et de soumission. Dans la communauté eucharistique locale, la conciliarité est la profonde unité dans l'amour et dans la vérité entre les membres, ainsi qu'entre eux et le ministre qui préside la communauté. 108. Le caractère interrelationnel de la vie de l'Eglise s'exprime aux différents niveaux de cette vie, "tous en chaque lieu" étant liés à "tous en tout lieu". Cette interdépendance est fortifiée par un ministère au service de l'unité. Ce ministère s'exerce de façon communautaire, personnelle et collégiale.

109. Chaque fois que des personnes, des communautés locales ou des Eglises régionales se réunissent pour tenir conseil et prendre d'importantes décisions, il est nécessaire que quelqu'un convoque et préside cette rencontre pour le bon ordre des choses et pour faciliter la démarche qui consiste à promouvoir, à discerner et à exprimer un consensus. C'est ce que montrent clairement les synodes et les conciles, à toutes les époques et dans toutes les Eglises montent clairement. Celui ou celle qui préside doit toujours être au service de ceux parmi lesquels s'exerce sa présidence pour l'édification de l'Eglise de Dieu, dans l'amour et la vérité. La présidence a le devoir de respecter l'intégrité des Eglises locales, de donner la parole à ceux qui n'ont pas l'occasion de s'exprimer et de défendre l'unité dans la diversité.

110. Dans les situations de crise, les synodes, aujourd'hui comme par le passé, se réunissent pour discerner la vérité apostolique face à telle menace ou tel danger particulier pour la vie de l'Eglise. Souvent (même si cela n'a pas toujours été le cas), on a reconnu leurs décisions comme étant l'expression véritable de la foi apostolique. Le processus de réception qui a lieu en permanence dans la vie de l'Eglise sous la conduite de l'Esprit Saint consiste à reconnaître le caractère véridique ou non d'une décision conciliaire.

Conciliarité et primauté

Il reste encore beaucoup à faire pour parvenir à quelque chose qui ressemble à un consensus entre ceux qui ne croient pas que la conciliarité ou la primauté soient nécessaires au niveau mondial et ceux qui pensent qu'il ne saurait y avoir pleine communion en dehors de ce lien entre toutes les communautés eucharistiques locales. Cette absence d'accord ne se manifeste pas seulement entre certaines familles d'Eglises, mais elle se rencontre aussi au sein de certaines Eglises. Pour avancer, il faudra parvenir à un consensus à l'intérieur de chaque Eglise et entre les Eglises.

La plupart des Eglises conviennent qu'il faut une présidence à la célébration de l'eucharistie. Certaines d'entre elles iraient plus loin en disant qu'il en résulte qu'un rassemblement de communautés eucharistiques au niveau régional et au niveau mondial a également besoin d'une présidence, au service de la communion. Dans cette perspective, la conciliarité implique la primauté, et la primauté suppose la conciliarité.

Restent les questions relatives aux fonctions qui seraient précisément celles d'un ministre chargé de cette présidence (questions qui se posent aussi bien au sein des Eglises qu'entre elles).


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