
| Cliquer sur: | III. L'EGLISE EN
TANT QUE KOINONIA (COMMUNION) A. La communion, réelle mais non encore pleinement réalisée 48. La notion de koinonia (communion) est devenue fondamentale pour la relance d'une conception commune de la nature de l'Eglise et de son unité visible. Le terme koinonia (communion, participation) est employé dans le Nouveau Testament, chez les Pères de l'Eglise et dans les écrits de la Réforme à propos de l'Eglise. Bien que le terme soit resté par la suite en usage, il est remis à l'honneur aujourd'hui dans le mouvement oecuménique et considéré comme décisif pour comprendre la nature et le but de l'Eglise. Sa richesse sémantique en fait aussi une notion pratique lorsqu'il s'agit d'évaluer le degré de communion atteint, sous des formes diverses, par les chrétiens dans le mouvement oecuménique. |
50. Le dessein de Dieu dans la création est faussé par le péché humain, l'échec, la désobéissance à la volonté de Dieu, et par la révolte contre lui. Le péché altère la relation entre Dieu et l'humanité, entre les êtres humains, et entre l'humanité et l'ordre créé. Mais Dieu demeure fidèle malgré le péché et les errements de son peuple. L'histoire dynamique de la koinonia avec la création que Dieu rétablit et enrichit atteint son point culminant et trouve son accomplissement dans la communion parfaite d'un ciel nouveau et d'une terre nouvelle (Ap 21).
51. La Bible se sert de diverses images pour décrire la nature et la qualité de la relation entre Dieu et son peuple, entre les membres de ce peuple, et entre eux et l'ordre créé : "le peuple de Dieu" (1 Pierre 2, 9-10), "le troupeau" (Jn 10,14), "la vigne" (Es 5, Jn 15), "le temple du Seigneur" (1 Co 3, 16-17); "l'épouse du Christ" (Ap 21,2; Ep 5,25-32); le "corps du Christ" (1 Co 12,27), "la maison de Dieu" (He 3,1-6), la "communauté de la nouvelle alliance" (He 8,8-10), "la cité sainte, la Jérusalem nouvelle" (Es 61; Ap 21). Le terme koinonia exprime la réalité à laquelle renvoient ces images. Elles évoquent la profondeur, l'intimité et la qualité de la relation. Dans l'Ancien Testament, le terme de shalôm rend une partie du sens de koinonia.
52. La racine verbale d'où vient le terme koinonia signifie "avoir quelque chose en commun", "partager", "participer", "avoir part à", "agir ensemble" ou "être liés par un contrat impliquant de part et d'autre l'obligation de se rendre des comptes". Le terme de koinonia apparaît dans des situations clés, la réconciliation de Paul avec Pierre, Jacques et Jean (Ga 2,9), par exemple, ou la collecte pour les pauvres (Rm 15, 26 et 2 Co 8,4), ou pour décrire la vie et le témoignage de l'Eglise (Actes 2,42-45).
53. En s'identifiant à la mort et à la résurrection du Christ par la puissance de l'Esprit Saint, les chrétiens entrent en communion (koinonia) avec Dieu et les uns avec les autres dans la vie et l'amour de Dieu: " Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi, vous soyez en communion avec nous. Et notre communion est communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ" (1 Jn 1,3).
54. La bonne nouvelle, c'est l'offre qui est faite à tous du don gratuit de la naissance à une vie de communion avec Dieu et, ainsi, les uns avec les autres. Pour parler de la relation des croyants à leur Seigneur, saint Paul dit qu'ils sont "en Christ" (2 Co 5,17); et du Christ, il dit qu'il vit dans le croyant parce que l'Esprit Saint habite en lui. La communion est le don par lequel Dieu attire l'humanité dans l'orbite de l'amour divin, généreux, oublieux de soi-même qui circule entre les personnes de la sainte Trinité.
55. Ce n'est que par le moyen du don divin de la grâce par Jésus Christ qu'une communion profonde, durable, est possible; par la foi et le baptême, les personnes participent au mystère de la mort, de la mise au tombeau et de la résurrection du Christ. Unies en Christ par l'Esprit Saint, elles se joignent ainsi à tous ceux qui sont "en Christ": elles font partie de la communion nouvelle - de la communauté nouvelle - du Seigneur ressuscité. La koinonia étant aussi participation au Christ crucifié, le partage des souffrances et des luttes de l'humanité fait aussi partie de la nature et de la mission de l'Eglise.
56. Cette vie nouvelle de communion s'exprime par des signes visibles et tangibles : la réception et le partage de la foi des apôtres, le pain eucharistique rompu et partagé, l'intercession et la prière communes les uns pour les autres et pour le monde, le service réciproque dans l'amour, le partage des joies et des peines, l'entraide matérielle, la proclamation et le témoignage de la bonne nouvelle dans la mission, les efforts communs entrepris pour instaurer la justice et la paix. La communion de l'Eglise se compose de personnes en communauté, et non pas d'individus indépendants. Toutes contribuent à l'épanouissement de la communion.
57. Dieu veut que toute la création, non seulement l'Eglise mais tous, parviennent à la communion en Christ (Ep 1,10; 4,1-16). L'Eglise, en tant que communion, sert le but ultime de Dieu. Elle existe pour la gloire de Dieu, pour servir dans l'obéissance à la mission du Christ, qui est de réconcilier l'humanité.
58. Les divisions entre les Eglises et l'incapacité de leurs membres de vivre véritablement et pleinement en koinonia affectent la mission de l'Eglise et lui font obstacle. La mission a pour but ultime la koinonia de tous. Elle fait partie de la nature et de l'être même de l'Eglise en tant que koinonia. C'est pourquoi il est urgent de rétablir l'unité des chrétiens et d'apporter un renouveau dans leur vie.
59. Par la puissance de l'Esprit Saint, l'Eglise vit en communion avec le Christ Jésus, en qui tout ce qui est dans les cieux et sur la terre est réuni dans la communion du Dieu très saint: c'est la communion des saints. L'Eglise, à la fin des temps, est destinée à être englobée dans la relation intime du Père, du Fils et du Saint Esprit, à louer Dieu et à jouir de sa présence pour toujours.
60. Il reste un lien naturel entre les êtres humains, et entre eux et la création, par le simple fait qu'ils ont été créés. La vie nouvelle de communion se construit à partir de la communion donnée dans la création, elle la transforme mais ne la remplace jamais totalement. De plus, elle ne surmonte jamais complètement dans l'histoire les distorsions des rapports humains qu'entraîne le péché. Les vieilles difficultés réapparaissent. Le don de la communion en Christ est souvent diminué ou seulement partiellement réalisé. La vie nouvelle implique un besoin constant de repentance, de pardon mutuel et de réparation. La confession assidue des péchés (1 Jn 1,7-9) fait partie de l'essence de la communion avec Dieu, ce qui n'empêche pas de jouir sincèrement de la vie nouvelle ici et maintenant et d'anticiper en toute confiance le moment où l'on aura pleinement part à la communion dans la vie à venir.
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La notion de koinonia permet à des chrétiens séparés de reconnaître qu'ils sont déjà parvenus assez loin dans la communion entre eux par le fait qu'ils ont part ensemble à la vie et à l'amour de Dieu, Père, Fils et Saint Esprit. La voie de l'unité consiste à rendre cette communion encore plus visible. Lorsqu'ils parlent de communion visible, de "communion plus totale", de "pleine communion", de "parfaite communion", etc. entendent-ils la même chose? Et quel sens faut-il donner aux notions de "communion réduite", de "communion partielle", de "communion altérée"? Tant que les chrétiens auront des conceptions différentes de ce qui constitue l'unité visible, la koinonia (communion) ne pourra se réaliser pleinement et ils devront persévérer dans leurs efforts pour parvenir à une conception commune.
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61. La vie et le témoignage des chrétiens
présentent une étonnante diversité qui vient de la diversité des
contextes culturels et historiques dans lesquels ils se situent. Il doit y avoir incarnation
authentique de l'Evangile en chaque lieu et en tous lieux. Les chrétiens doivent
proclamer leur foi dans une langue, des symboles et des images qui soient en prise avec leur
époque et leur contexte, et qui aient un sens là où ils se trouvent. La
communion de l'Eglise exige une interaction constante des expressions culturelles de l'Evangile
si l'on veut que le peuple de Dieu tout entier apprécie ses richesses.
62. La vie et le témoignage des chrétiens présentent une étonnante
diversité qui vient de la diversité des contextes culturels et historiques dans
lesquels ils se situent. Il doit y avoir incarnation authentique de l'Evangile en chaque lieu et en
tous lieux. Les chrétiens doivent proclamer leur foi dans une langue, des symboles et
des images qui soient en prise avec leur époque et leur contexte, et qui aient un sens
là où ils se trouvent. La communion de l'Eglise exige une interaction constante
des expressions culturelles de l'Evangile si l'on veut que le peuple de Dieu tout entier
apprécie ses richesses.
63. Il ne faut pas étouffer ce qui est diversité authentique dans la vie de la
communion; mais il ne faut pas non plus renoncer à une unité authentique pour
une diversité illégitime. Toute Eglise locale doit être le lieu où sont
garanties simultanément deux choses: la sauvegarde de l'unité et
l'épanouissement d'une légitime diversité. Il y a des limites dans lesquelles
la diversité est un enrichissement et hors desquelles elle n'est pas seulement inacceptable
mais nuit au don de l'unité. De même, l'unité, en particulier lorsqu'elle tend
à se confondre avec l'"uniformité", peut être préjudiciable à la
vraie diversité et devient alors inacceptable. Par la foi partagée en Christ,
exprimée dans la proclamation de la Parole, la célébration des sacrements,
et une vie de service et de témoignage, toute communauté chrétienne
locale participe à la vie et au témoignage de toutes les communautés
chrétiennes de tous lieux et de tous temps. Un ministère pastoral au service de
l'unité et du maintien de la diversité est l'un des nombreux charismes
donnés à l'Eglise. Il contribue à veiller à ce que les membres dont les
dons et les points de vue sont différents se rendent mutuellement des comptes au sein de
la communion.
64. Il ne faut pas confondre diversité et division. Les divisions au sein de l'Eglise
(hérésies, schismes, conflits politiques, expressions de haine, etc.) menacent le
don divin de communion. Les chrétiens sont appelés à travailler
inlassablement pour surmonter les divisions, pour empêcher les diversités
légitimes de devenir des causes de division et pour vivre dans une diversité
réconciliée.
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La relation entre Evangile et culture pose un certain nombre de problèmes:
Quelle valeur les chrétiens accordent-ils à l'identité ecclésiale et confessionnelle? Pour certains, le maintien de cette identité, du moins pour l'avenir prévisible, et même dans une vie de koinonia, est nécessaire à la sauvegarde de vérités particulières et d'une diversité riche et légitime qui fait partie d'une vie de communion. Pour d'autres, le but de la communion visible se situe au-delà des identités ecclésiales ou confessionnelles particulières: c'est une communion dans laquelle les richesses préservées par les traditions confessionnelles sont réunies dans le témoignage et l'expérience d'une foi et d'une vie communes. Pour d'autres, le modèle de la "diversité réconciliée" reste incontournable. D'autres encore craignent un certain modèle de "fusion structurelle", dans lequel une uniformité rigide tue la diversité apportée par les différentes traditions. Cependant, la plupart s'accordent à penser que l'unité à laquelle Dieu nous appelle exige une certaine ouverture et qu'à mesure que nous avancerons sous la conduite de l'Esprit Saint (cf. Jn 16,13), l'unité visible apparaîtra sous des traits plus nets. Les Eglises ont différentes façons de concevoir leur relation à l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Ces différences ont une incidence sur leurs rapports avec les autres Eglises et leur conception du cheminement vers l'unité visible. Comment, à ce stade du mouvement oecuménique, les Eglises peuvent-elles se rendre des comptes de manière à pouvoir se soutenir mutuellement dans l'unité et une légitime diversité, et empêcher de nouveaux problèmes de devenir des causes de division dans leurs rangs et entre elles? C'est là l'une des questions pressantes de l'oecuménisme.
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65. Dès le début, le contact a
été maintenu entre les Eglises locales par des collectes, des échanges de
lettres, des visites et des témoignages tangibles de solidarité (1 Co 16; 2 Co
8,1-9; Ga 2,9 ss., etc.). Au cours des premiers siècles de l'ère commune, les
Eglises locales se sont réunies de temps à autre pour délibérer
ensemble. C'étaient là autant de moyens d'entretenir l'interdépendance et de
maintenir la communion.
66. La communion ecclésiale s'exprime dans la communion entre les Eglises locales,
l'Eglise pleine et entière étant présente en chacune d'elles. La communion
ecclésiale embrasse les Eglises locales de chaque lieu, de tous lieux et de tous les temps.
Les Eglises locales sont maintenues dans la communion ecclésiale par le seul Evangile,
le seul baptême et la seule sainte Communion, au service desquels il y a un
ministère commun. Cette communion s'exprime dans le service et le témoignage
au monde.
67. La communion des Eglises locales se nourrit de la cohérence et de l'harmonie
fondamentales qui règnent entre les éléments vivants de l'apostolicité
et de la catholicité: les Ecritures, le baptême, l'eucharistie et le service d'un
ministère commun. En tant que "liens de la communion", ces dons sont le garant de la
continuité authentique dans la vie de toute l'Eglise et aident à maintenir les
Eglises locales dans une communion de vérité et d'amour. Ils sont donnés
pour maintenir l'intégrité de l'Eglise, en tant qu'Eglise une de Jésus Christ,
la même hier, aujourd'hui et demain. La recherche de la pleine communion a atteint son
but lorsque chaque Eglise peut reconnaître en toutes les autres l'Eglise une, sainte,
catholique et apostolique dans toute sa plénitude. Cette pleine communion s'exprimera
aux niveaux local et universel par des formes conciliaires de vie et d'action. Dans une telle
communion, les Eglises unies mais authentiquement diverses sont liées dans tous les
aspects de leur vie et à tous les niveaux, dans la confession de la foi commune, dans le
culte et le témoignage, les délibérations et l'action.
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Chaque Eglise locale est unie à toutes les autres dans l'Eglise universelle et recèle en elle la plénitude de ce qu'est être Eglise. Dans certaines Eglises, l'Eglise locale désigne à la fois le diocèse et la paroisse. Il y a souvent un décalage entre la description théologique de l'Eglise locale et la façon dont celle-ci est perçue par les fidèles. Les Eglises diffèrent sur le point de savoir où réside l'autorité et sur le mode de prise des décisions. Dans certaines traditions, par exemple, c'est avant tout l'Eglise locale qui est investie d'autorité; dans d'autres, c'est surtout le collège mondial des évêques placé sous la présidence d'un primat; dans d'autres encore, l'autorité revient aux Eglises autocéphales régionales et elle s'exerce, au niveau mondial, par le biais de conciles oecuméniques présidés par un primat. Certains posent une condition supplémentaire, celle d'un consensus conciliaire éclairé par l'Esprit Saint, seul critère d'autorité. Dans d'autres traditions encore, l'autorité est répartie entre divers ministères et les décisions ayant force de loi sont prises au niveau de la province ou d'une unité régionale.
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