
| Cliquer sur | II. L'EGLISE
DANS L'HISTOIRE L'Eglise in via 35. L'Eglise est une réalité eschatologique, qui anticipe déjà le Royaume. C'est aussi une réalité historique, sujette à l'ambiguïté de toute l'histoire humaine, et elle n'est donc pas encore la communauté voulue par Dieu. |
37. En même temps, l'Eglise, dans sa dimension humaine, dans la mesure où elle est composée d'êtres humains qui, bien que membres du corps du Christ, sont encore soumis aux conditions de ce monde, subit elle aussi ces conditions. Elle est exposée au changement, ce qui veut dire qu'elle peut évoluer dans un sens positif et grandir ou décliner et se déformer. Elle est soumise au conditionnement individuel, culturel et historique qui peut contribuer à la richesse des perceptions et des expressions de la foi, mais aussi à la relativisation de certaines tendances ou à l'absolutisation de points de vue particuliers. Elle est soumise à l'Esprit Saint qui fait librement usage de sa puissance (Jn 3,8) pour éclairer les coeurs et lier les consciences. Elle est exposée au pouvoir du péché.
38. L'unité qui fait partie de l'essence de l'Eglise et lui est déjà donnée en Jésus Christ contraste avec les divisions bien réelles qui existent entre les Eglises. Ces divisions, qui sont en partie dues au péché, mais aussi au dilemme inhérent à l'histoire qui fait que, dans certaines situations, l'intégrité de la vérité ne peut être proclamée qu'en contradiction avec d'autres positions, sont une anomalie. Les Eglises doivent s'employer à les surmonter. Pourtant, malgré toutes les divisions, l'unité donnée à l'Eglise est déjà manifeste dans l'Evangile présent dans toutes les Eglises et elle apparaît dans de nombreux traits de leur vie. Travailler pour l'unité de l'Eglise, c'est travailler pour qu'elle incarne plus complètement et de manière visible l'unité qui lui est déjà donnée.
39. La sainteté qui fait partie de l'essence de l'Eglise contraste avec le péché, individuel et collectif qui, dans l'histoire de cette Eglise, a maintes fois défiguré son témoignage et va à l'encontre de sa vraie nature et de sa vocation. C'est pourquoi l'offre de pardon que Dieu ne cesse de lui faire s'accompagne dans l'Eglise de l'appel à la repentance, au renouveau et à la réforme. Répondre à cet appel, c'est incarner plus complètement et de manière visible la sainteté qui fait partie de sa nature et qui lui est déjà donnée.
40. La catholicité qui fait partie de l'essence de l'Eglise est confrontée à la fragmentation de sa vie, qui transmet un message contraire à la vérité. Il en résulte que l'intégrité de l'Evangile n'est pas bien prêchée à tous; que tous ne disposent pas de la totalité des moyens divins de salut, que tous ne se voient pas offrir la totalité de la communion; et que l'Evangile n'est pas reçu de la même manière dans "toutes les nations". Néanmoins, l'Esprit qu'elle reçoit au baptême est l'Esprit de la Seigneurie du Christ sur toute la création et tous les temps. L'Eglise est appelée à lever tous les obstacles au plein accomplissement de ce qui est déjà par la puissance de l'Esprit Saint.
41. L'apostolicité qui fait partie de l'essence de l'Eglise contraste avec les manquements des Eglises et les erreurs qu'elles commettent dans leur proclamation de la Parole de Dieu. Les Eglises sont donc appelées à revenir constamment à la vérité apostolique et à leur origine apostolique. Ce faisant, elles manifestent l'Evangile apostolique qui leur est déjà donné, qui est à l'oeuvre en elles dans l'Esprit et fait d'elles l'Eglise, et elles lui rendent justice.
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Pour certains, il est impossible de dire "l'Eglise pèche" parce qu'ils voient en l'Eglise un don de Dieu, et donc la marque de sa sainteté. L'Eglise est l'épouse sans tache du Christ (Ep 5,25-27), les enfants de Dieu qui ont reçu par la foi la Parole incarnée de Dieu; elle est le peuple saint de Dieu, "justifié par la foi du Christ"; en tant que telle, l'Eglise ne peut pécher car "Christ serait-il ministre du péché?" (Ga 2,17). Ce don de Dieu, ce sont de fragiles êtres humains vulnérables au péché qui le vivent, mais les péchés des membres de l'Eglise ne sont pas ceux de l'Eglise. L'Eglise est plutôt le lieu du salut et de la guérison, et non pas le sujet du péché. D'autres, tout en reconnaissant que l'Eglise, création de la Parole et de l'Esprit de Dieu, corps du Christ, etc., est sainte et sans péché, disent qu'elle pèche pourtant, parce qu'ils définissent l'Eglise comme la communion de ses membres qui, tout en étant des croyants créés par l'Esprit et formant le corps du Christ, restent des pécheurs ici-bas. Ainsi, certains soutiennent que si l'on ne peut pas parler du péché de l'Eglise, on peut et on doit parler du péché des membres et des groupes qui en font partie, situation décrite par la parabole du froment et de la paille et par la formule augustinienne de corpus permixtum. Pour d'autres, le péché dans l'Eglise peut devenir systémique et toucher aussi l'institution. D'aucuns enseignent qu'il est impossible de discerner les points et les éléments de la vie de l'Eglise susceptibles d'être affectés par le péché de ceux qui ne le sont pas, mais que ce problème ne peut être abordé que de façon dialectique: l'Eglise elle-même est pécheresse dans la mesure où elle est la communion de ceux qui, bien que sanctifiés par Dieu, ne sont jamais sans péché; et elle est sainte dans la mesure où elle est appelée à être et à rester en communion avec Dieu par sa Parole et son Esprit Saint.
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42. L'Eglise une, sainte, catholique et apostolique est le
signe et l'instrument du dessein de Dieu pour le monde entier. Etant cette partie de
l'humanité qui a déjà part à l'amour et à la communion de
Dieu, l'Eglise est un signe prophétique qui renvoie, par-delà elle-même, au
but de toute la création, l'avènement du Royaume de Dieu.
43. Consciente de la présence salvatrice de Dieu dans le monde, l'Eglise loue et glorifie
déjà le Dieu-Trinité par la célébration et une vie
d'obéissance, et elle est l'instrument qui sert Son dessein. Mais elle ne le fait pas
uniquement pour elle-même; elle loue Dieu au nom de toutes les créatures, le
remerciant de sa grâce et de son pardon des péchés, et elle sert son dessein
pour le bien de toute la création.
44. Dire de l'Eglise qu'elle est un signe, renvoie aussi à la dimension de
"mysterion", indiquant la transcendance de sa réalité donnée par
Dieu comme Eglise une, sainte, catholique et apostolique, transcendance que l'on ne pourra
jamais saisir de façon claire et univoque dans son apparence visible. Aussi faut-il
toujours voir les structures institutionnelles visibles de l'Eglise à la lumière des
dons divins de salut en Christ.
45. Etant cette partie de l'humanité qui a déjà part à l'amour et
à la communion de Dieu, l'Eglise est en même temps l'instrument par lequel Dieu
veut réaliser ce à quoi elle renvoie : le salut du monde entier, le renouveau de la
communauté humaine par la Parole et l'Esprit Saint, la communion de l'humanité
avec Dieu et entre ses membres.
46. En tant qu'instrument du dessein de Dieu, l'Eglise est la communauté de ceux et
celles qui sont appelés par Dieu et envoyés comme disciples du Christ pour
proclamer la bonne nouvelle en paroles et en actes, afin que le monde croie. Elle rend donc
présente la miséricorde de Dieu tout au long de l'histoire.
47. Envoyés comme ses disciples, les membres du peuple de Dieu doivent
témoigner de son oeuvre de réconciliation, de guérison et de
transformation de sa création, et y participer. La relation de l'Eglise au Christ est telle
que la foi et la vie communautaire exigent l'obéissance. C'est donc
l'intégrité de la mission de l'Eglise, celle de sa nature même d'instrument de
Dieu qui est en jeu dans le témoignage que nous rendons par la proclamation et par
l'action concrète menée au service de la justice, de la paix et de la sauvegarde de
la création, avec tous les hommes et les femmes de bonne volonté.
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L'expression "l'Eglise en tant que sacrement" résume bien, pour plusieurs Eglises, la réalité de l'Eglise comme signe et instrument du dessein de Dieu. Celles qui emploient cette formule le font parce qu'elles voient avant tout en l'Eglise l'indication de ce que Dieu veut pour le monde, à savoir la communion de tous les êtres humains entre eux et avec lui, ce bonheur pour lequel il a créé le monde. D'autres Eglises n'appliquent pas la notion de sacrement à l'Eglise, et ce pour deux raisons: a) il faut faire une distinction nette entre l'Eglise et les sacrements. Ces derniers sont les moyens du salut par lesquels le Christ nourrit l'Eglise, et non pas des actes par lesquels l'Eglise se réalise ou s'actualise; et b) l'emploi du terme de "sacrement" appliqué à l'Eglise pourrait occulter le fait que, pour elles, l'Eglise comme communion des chrétiens est le signe et l'instrument du dessein de Dieu mais que ces chrétiens, tous croyants rachetés qu'ils soient, sont toujours enclins au péché. Si la formule "l'Eglise en tant que sacrement" est abordée de diverses manières, les vues diffèrent aussi sur ce que sont les sacrements. Pour certaines Eglises, les sacrements sont le "signe visible de la grâce invisible de Dieu". Ce sont des "signes efficaces" qui signifient et transmettent la grâce de Dieu. Ce sont les signes de sa promesse. Pour d'autres, les "sacrements" sont le véhicule de la grâce de Dieu, l'occasion dont il se sert pour répandre sa grâce.
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