conseil ecumenique des eglises

conseil oecuménique des eglises
foi et constitution

La nature et le but de l'Eglise:
Vers une déclaration commune

Foi et constitution Document no 181 - novembre 1998


Cliquer sur

INTRODUCTION
Historique
La présente étude

I. L'Eglise du Dieu-Trinité
A. La nature de l'Eglise
B. Le dessein de Dieu pour l'Eglise

II. L'Eglise dans l'Histoire
A. L'Eglise in via
B. Signe et instrument du dessein de Dieu

III. L'Eglise en tant que koinonia (communion)
A. La communion, réelle mais non encore pleinement réalisée
B. Communion et diversité
C. L'Eglise, communion d'Eglises locales

IV. La vie en communion
A. La foi apostolique
B. Le baptême
C. L'eucharistie
D. Le ministère
E. La supervision (episkopé): ses dimensions communautaire, personnelle, collégiale
F. La conciliarité (caractère communautaire, synodal) et la primauté

V. Le service dans le monde et pour le monde

VI. Conformément à notre vocation: passer d'interprétations convergentes à une reconnaissance mutuelle

Introduction

Historique

1. Depuis ses débuts, et en particulier à sa Première Conférence mondiale, tenue à Lausanne (Suisse) en 1927, le mouvement de Foi et constitution s'est donné pour raison d'être l'unité de l'Eglise. Ainsi, selon ses statuts, la Commission de Foi et constitution a pour but:

de proclamer l'unité de l'Eglise de Jésus Christ et d'appeler les Eglises à tendre vers l'unité visible en une seule foi et en une seule communauté eucharistique, exprimée dans le culte et dans la vie commune en Christ, afin que le monde croie.

Depuis l'Assemblée d'Amsterdam (1948), ce but a été au coeur de la vocation commune du Conseil oecuménique des Eglises (COE) lui-même. De plus, dans toutes les assemblées du COE, l'apport de Foi et constitution a consisté à approfondir la conception commune de ce but et des moyens de l'atteindre. Sa dernière contribution se trouve contenue dans la déclaration de l'Assemblée de Canberra, "L'unité de l'Eglise en tant que koinonia: don et vocation". Celle-ci montre que la koinonia est à la fois le fondement d'une vie commune dans l'unité visible et la façon de la vivre. Le thème de la Cinquième Conférence de Foi et constitution, "Vers une koinonia dans la foi, la vie et le témoignage", y fait écho. Le processus engagé actuellement - Vers une conception et une vision communes du COE - souligne à nouveau que la vocation commune des Eglises est de rechercher l'unité visible.


2. Tous les documents importants produits par Foi et constitution contribuent d'une manière ou d'une autre à mieux faire comprendre la nature et le but de l'Eglise. De plus, les documents Baptême, eucharistie, ministère, Confesser la foi commune et Eglise et monde, envoyés aux Eglises pour commentaire et réception, sont autant de façons de leur rappeler le caractère impérieux de l'appel du Christ à l'unité visible et les caractéristiques essentielles de cette unité. Au cours de la dernière décennie, les travaux sur l'ecclésiologie et l'éthique, qui étaient le prolongement des études sur le racisme et la communauté des femmes et des hommes dans l'Eglise, par exemple, ont contribué à faire comprendre la vocation commune des chrétiens au service de l'humanité et de la création. De son côté, Foi et constitution reçoit sans cesse des éclairages nouveaux sur l'unité à laquelle Dieu nous appelle, qui proviennent des réactions des Eglises à ses études, des résultats des dialogues bilatéraux, des travaux accomplis ailleurs au sein du Conseil oecuménique des Eglises et de sa réflexion sur l'expérience des Eglises unies et en voie d'union.


La présente étude

3. La Cinquième Conférence mondiale de Foi et constitution, qui s'est tenue à Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne (1993), a préconisé une étude sur la nature et le but de l'Eglise. Pour bien des raisons, cette recommandation arrivait en temps utile :


But et méthode

4. Cette étude a essentiellement pour objet de rendre compte de ce que les Eglises peuvent dire ensemble de la nature et du but de l'Eglise aujourd'hui et, dans cette perspective, d'indiquer les sujets sur lesquels elles sont toujours en désaccord. Ainsi la finalité de ce document serait de devenir un texte de convergence dans le style du BEM. Le texte, sous sa forme actuelle, n'est qu'un premier essai, un premier énoncé de cette convergence. Il est soumis à l'attention et au jugement des Eglises.

5. Le corps du texte expose des points de vue communs dont on peut dire qu'ils résultent pour une large part des discussions bilatérales et multilatérales des cinquante dernières années. Les encadrés touchent à des sujets qui font encore l'objet de divergences, tant dans les Eglises qu'entre elles. Certaines de ces divergences peuvent apparaître comme l'expression d'une légitime diversité, d'autres comme des facteurs de division entre Eglises. Si le corps du texte invite les Eglises à découvrir ou à redécouvrir ce qu'il y a de commun dans leur conception de l'Eglise, les encadrés leur offrent l'occasion de réfléchir à la mesure dans laquelle leurs divergences les divisent. Espérant que les convergences seront de plus en plus marquées, nous souhaitons que ces textes aident chaque Eglise à reconnaître dans les autres l'Eglise de Jésus Christ et les encouragent toutes à avancer sur la voie de l'unité visible.

6. Tout document oecuménique soulève la question de l'utilisation des Ecritures. Les perspectives communes contenues dans ce texte sont fondées sur une conception commune de la révélation unique et normative des Ecritures et, partant, de la nécessité de fonder notre accord sur le témoignage des saintes Ecritures. Cependant, les Eglises reconnaissent qu'il n'y a pas d'ecclésiologie systématique dans les saintes Ecritures. La présentation du thème de l'Eglise passe le plus souvent par diverses images qui se complètent et sont en interaction. La méthode appliquée dans ce texte consiste à prendre les Ecritures dans leur globalité, de telle manière qu'un passage des Ecritures en interprète un autre et soit éclairé par les autres.s interpreted by the others.*

* Response to a preliminary distibution of the present text has indicated dissatisfaction with the approach to Scripture described in this paragraph. More work is clearly required in the next stages towards a convergence text, in the way in which Scripture is cited and interpreted.

L'invitation

7. La Commission de Foi et constitution invite Eglises, commissions, collèges, instituts et particuliers à réfléchir sur le texte à la lumière des questions suivantes:

  • Dans quelle mesure reconnaissez-vous dans ce texte un début de convergence sur la nature et le but de l'Eglise?
  • Quels domaines en particulier nécessitent à votre avis un travail plus approfondi, et quels éclairages pouvez-vous apporter pour faire avancer ce travail?
  • Quels autres points faut-il traiter dans un document de convergence sur la nature et le but de l'Eglise?
  • Si vous discernez dans ce texte un début de convergence sur la nature et le but de l'Eglise, quelles en sont les conséquences pour vos relations avec d'autres Eglises qui discerneraient cette même convergence? Quelles initiatives vos Eglises peuvent-elles prendre dès maintenant en vue d'une reconnaissance mutuelle?

Foi et constitution aura absolument besoin de ces réponses pour poursuivre son travail et parvenir à un texte d'accord sur la nature et le but de l'Eglise.

8. Dans le dessein de Dieu, l'Eglise existe, non pas pour elle-même, mais pour servir l'oeuvre divine de réconciliation et pour louer et glorifier Dieu. Plus l'Eglise comprend sa véritable nature, mieux elle cerne sa vocation. D'où l'importance cruciale de cette étude sur la nature et le but de l'Eglise.



I. L'EGLISE DU DIEU-TRINITE

A. La nature de l'Eglise

(i) L'Eglise, création de la Parole et de l'Esprit Saint (creatura Verbi et creatura Spiritus))

9. L'Eglise appartient à Dieu. Elle est la création de la Parole de Dieu et de l'Esprit Saint. Elle ne peut exister par et pour elle-même.

10. L'Eglise a pour centre et fondement l'Evangile, la Parole de Dieu. Elle est la communion de ceux et celles qui vivent dans une relation personnelle avec Dieu qui leur parle et suscite de leur part une réponse confiante - la communion des fidèles. L'Eglise est donc la créature de la Parole de Dieu, voix vivante qui la crée et la nourrit de siècle en siècle. Cette parole divine se fait entendre à travers les Ecritures qui lui rendent témoignage. L'Eglise, à son tour, témoigne de cette Parole qui s'est incarnée en Jésus Christ et qui est proclamée dans la prédication, les sacrements et le service.

11. La foi suscitée par la Parole de Dieu résulte de l'action de l'Esprit Saint. La Parole de Dieu et l'Esprit Saint sont inséparables dans les Ecritures. En tant que communion des fidèles, l'Eglise est donc aussi la création de l'Esprit Saint (creatura Spiritus). De même que dans la vie du Christ, l'Esprit Saint a été agissant de la conception à la résurrection, de même dans la vie l'Eglise, ce même Esprit de Dieu façonne le visage du Christ en chacun des croyants et en leur communauté. L'Esprit incorpore les êtres humains au corps du Christ par la foi et le baptême, leur donne vie et force comme le corps du Christ a nourri et fortifié les apôtres à la Cène du Seigneur, et les guide jusqu'au plein accomplissement de leur vocation.

12. Création de la Parole et de l'Esprit de Dieu, l'Eglise de Dieu est une, sainte, catholique et apostolique. Ces attributs essentiels de l'Eglise ne sont pas ses qualités propres mais viennent de ce qu'elle dépend de Dieu par la Parole et par l'Esprit. Elle est une parce que le Dieu qui la lie à lui par la Parole et l'Esprit, est l'unique créateur et rédempteur, qui fait de l'Eglise l'avant-goût et l'instrument de la rédemption de toute la création. Elle est sainte< parce que Dieu est le Saint qui en Jésus Christ a vaincu toute impiété, sanctifiant l'Eglise par sa parole de pardon en l'Esprit Saint et la faisant sienne en faisant d'elle le corps du Christ. Elle est catholique parce que Dieu est la vie en abondance, celui qui, par la Parole et l'Esprit, fait de l'Eglise, où qu'elle soit, le lieu et l'instrument de sa présence qui sauve, vivifie et comble, offrant ainsi la plénitude de la Parole révélée, tous les moyens de salut aux êtres humains de toute nation, race, classe, sexe et culture. Elle est apostolique parce que la Parole de Dieu qui crée et fait vivre l'Eglise est l'Evangile, auquel les apôtres ont rendu témoignage de façon prioritaire et normative, faisant de la communion des fidèles une communauté qui vit dans la succession de la vérité apostolique et assume la responsabilité de sa transmission à travers les siècles.

13. L'Eglise n'est pas la somme des différents croyants en communion avec Dieu. Elle n'est pas avant tout une assemblée de croyants en communion les uns avec les autres. Elle est la part commune qu'ils prennent à la vie de Dieu dont l'être le plus profond est communion. C'est donc une réalité à la fois divine et humaine.

La dimension institutionnelle de l'Eglise et l'oeuvre de l'Esprit Saint

Toutes les Eglises sont unanimes à penser que Dieu crée l'Eglise et la lie à lui par l'Esprit Saint au moyen de l'Evangile, voix vivante, proclamé dans la prédication et dans les sacrements. Toutefois, leurs opinions diffèrent sur:

(1) le point de savoir si la prédication et les sacrements sont les moyens dont se sert l'Esprit pour agir par la Parole divine et pour toucher immédiatement le coeur des croyants, ou s'ils témoignent simplement de l'activité de l'Esprit;

(2) les présupposés et les conséquences institutionnels de l'être de l'Eglise, creatura Verbi : pour certains, le ministère ordonné, en particulier l'épiscopat, est le moyen efficace, pour d'aucuns même, le gage de la présence de la vérité et de la puissance de la Parole et de l'Esprit de Dieu dans l'Eglise; pour d'autres, le fait que le ministère ordonné, comme le témoignage de tous les croyants, ne soit pas à l'abri de l'erreur et du péché, exclut un tel jugement, la puissance et la constance de la vérité de Dieu reposant sur la souveraineté de sa Parole et de son Esprit qui agissent au travers des structures institutionnelles de l'Eglise mais peuvent aussi, si nécessaire, aller à leur encontre;

(3) l'importance théologique de la continuité institutionnelle, en particulier de la continuité dans l'épiscopat: si, pour certaines Eglises, cette continuité institutionnelle est le moyen nécessaire et le gage de la continuité de l'Eglise dans la foi apostolique, pour d'autres, la continuité de la foi apostolique est, dans certaines circonstances, maintenue en dépit, voire même au travers de la rupture de la continuité institutionnelle. Au travail théologique de déterminer à l'avenir si ces différences sont de vrais désaccords ou de simples différences d'accent qui ne sont pas inconciliables.

(ii) Images de l'Eglise

14. Le Dieu tout-puissant, qui appelle l'Eglise à être et l'unit à lui par sa Parole et son Esprit Saint, est le Dieu-Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit. Dans sa relation à Dieu, l'Eglise est liée à chacune de ces "personnes" divines de manière particulière. Ces liens particuliers mettent en évidence des dimensions différentes de la vie de l'Eglise.

15. Il n'y a pas d'ecclésiologie systématique dans les saintes Ecritures. Elles se servent surtout d'images pour traiter du thème de l'Eglise. Certaines sont des images de stabilité et de localité, d'autres de mobilité, certaines sont plus organiques, tandis que d'autres enfin mettent en avant le caractère relationnel de l'Eglise. Elles ne sont pas incompatibles. Elles sont en interaction et très souvent les unes viennent confirmer et commenter les forces et les faiblesses des autres et réciproquement. L'approche qui sera choisie ici dans l'étude de ces images consistera à prendre les Ecritures dans leur globalité, de telle manière qu'aucune image ne soit prise comme une référence isolée, mais que chacune interprète l'autre et soit éclairée par les autres (cf. note du paragraphe 6 ci-dessus).

16. Parmi les images de l'Eglise dans les Ecritures, certaines ont pris un relief spécial et renvoient aux dimensions trinitaires de l'Eglise. Parmi elles, celles du "peuple de Dieu" et du "corps du Christ" revêtent une importance particulière et s'accompagnent des images du "temple" ou de la "maison" de l'Esprit. Il est à noter, cependant, qu'aucune de ces images n'est exclusive mais que toutes englobent, implicitement ou explicitement, les autres dimensions trinitaires.

(a) L'Eglise, peuple de Dieu
17. En appelant Abraham, Dieu s'est choisi un peuple saint. Les prophètes rappellent fréquemment cette élection et cette vocation : "Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple" (Jr 31,33; Ez 37,27; Os 2, 23, paroles auxquelles font écho 2 Co 6,16, He 8,10). Par sa Parole (dabhar) et son Esprit (rû'ah), Dieu a choisi une nation entre toutes et l'a formée pour apporter le salut à toutes. L'élection d'Israël a marqué un moment décisif dans la réalisation du plan de salut. Cette alliance comporte bien des choses, y compris un appel à la justice et à la vérité. Mais c'est aussi un don gratuit de la koinonia, une impulsion dynamique à la communion qui est évidente dans toute l'histoire du peuple d'Israël, même lorsque la communauté rompt cette koinonia. A la lumière du ministère, de l'enseignement et surtout de la mort et de la résurrection de Jésus et de l'envoi de l'Esprit Saint à la Pentecôte, la communauté chrétienne croit que Dieu a envoyé son Fils pour que chacun(e) puisse communier avec les autres et avec Dieu, et manifester ainsi le don de Dieu au monde entier.

18. Dans l'Ancien Testament, le peuple d'Israël est un peuple pèlerin qui chemine vers l'accomplissement de la promesse faite à Abraham, selon laquelle en lui toutes les nations de la terre seront bénies. Cette promesse s'accomplit en Christ lorsqu'il détruit, sur la croix, le mur de séparation entre juifs et païens (Ep 2,14). Ainsi l'Eglise, qui rassemble juifs et païens, est "la race élue, la communauté sacerdotale du roi, la nation sainte", "le peuple que Dieu s'est acquis" (1, Pierre 2,9-10). L'Eglise de Dieu poursuit son pèlerinage vers le repos éternel préparé pour elle (He 4, 9-11). C'est un signe prophétique de l'accomplissement que Dieu apportera en Christ par la puissance de l'Esprit.

(b) L'Eglise, corps du Christ
19. Par le sang du Christ, le dessein de Dieu était de réconcilier, par le sang du Christ, l'humanité en un seul corps au moyen de la croix (Ep, 2, 11-22). Ce corps est le corps du Christ, l'Eglise (Ep 1, 23). Le Christ en est la tête éternelle, en même temps qu'il lui donne vie par la présence de l'Esprit. De cette manière, le Christ qui est la tête de son corps, l'investit de pouvoirs, le guide et le juge (Ep 5,23; Col 1,18) tout en ne faisant qu'un avec lui (1 Co 12,12; Rm 12,5). L'image néo-testamentaire du corps du Christ réunit ces deux dimensions, l'une exprimée dans 1 Corinthiens et Romains, l'autre développée dans Ephésiens.

20. C'est par la foi et le baptême que les êtres humains deviennent membres du corps du Christ (1 Co 12,13). Par la sainte Communion, leur participation et leur communion à ce corps sont constamment renouvelées (1 Co 10,16). Etant ainsi membres de son corps, les chrétiens s'identifient au sacerdoce unique du Christ (He 9) et sont appelés à vivre en membres fidèles: "Vous êtes la communauté sacerdotale du roi" (1 Pierre 2,9). En Christ, qui s'est immolé, les chrétiens offrent tout leur être "en sacrifice vivant" (Rm 12,1). Chacun des membres participe au sacerdoce de l'Eglise tout entière. Nul n'exerce ce sacerdoce en dehors du sacerdoce unique du Christ, ou coupé des autres membres du corps.

21. Tous les membres du Christ reçoivent des dons pour l'édification du corps (Rm 12, 4-8; 1 Co 12, 4-30), dont la diversité et la nature spécifique sont utiles à la vie de l'Eglise et à sa vocation de servante, et servent à faire avancer le Royaume de Dieu dans le monde.

22. Selon le Nouveau Testament, c'est par l'Esprit Saint que les êtres humains sont baptisés dans le corps du Christ (1 Co 12,13). C'est ce même Esprit Saint qui confère les dons les plus divers aux membres du corps (1 Co 12, 4. 7-11) et c'est de lui que ces derniers tiennent leur unité (1 Co, 12). Ainsi, l'image du "corps du Christ", bien que renvoyant explicitement et d'abord à la dimension christologique de l'Eglise, a en même temps de profonds prolongements pneumatologiques.

(c) L'Eglise, temple de l'Esprit Saint
23. La relation constitutive entre l'Eglise et l'Esprit Saint est présente dans tout le témoignage néo-testamentaire. Toutefois, il n'existe pas d'image explicite pour exprimer cette relation. Les images les plus proches de descriptions figuratives que l'on trouve dans le Nouveau Testament, et celles qui rendent cette relation avec le plus de justesse, sont celles du "temple" et de la "maison". C'est que l'Eglise est habitée par l'Esprit qui lui donne vie de l'intérieur.

24. Construite sur les fondations des apôtres et des prophètes, l'Eglise est la maison de Dieu, un temple saint où Dieu vit par l'Esprit. Par la puissance de l'Esprit Saint, les croyants s'élèvent "pour former un temple saint dans le Seigneur" (Ep 2,21), une "maison habitée par l'Esprit" (1 Pierre 2,5). Emplis de l'Esprit Saint, ils prient, aiment, travaillent et servent dans la puissance de l'Esprit, menant une vie digne de leur vocation, attentifs à garder l'unité de l'Esprit par le lien de la paix (Ep 4,1-3).

25. Ces trois images ont été choisies à cause de leur importance centrale dans le Nouveau Testament et de leur signification pour les dimensions trinitaires de l'Eglise. On relèvera pourtant qu'il existe d'autres images de l'Eglise dans le Nouveau Testament, christologiques pour la plupart, comme la vigne, le troupeau, les noces, l'épouse. Toutes servent à mettre en lumière certains aspects de l'être et de la vie de l'Eglise : l'image de la vigne souligne la dépendance totale de l'Eglise à l'égard du Christ, celle du troupeau insiste sur sa confiance et son obéissance, celle des noces met en avant la réalité eschatologique de l'Eglise, tandis que celle de l'épouse fait ressortir la relation intime, bien que subordonnée, de l'Eglise au Christ. En même temps, ces images, comme toutes les images, y compris celles qui sont énumérées aux paragraphes a) à c), ont leurs limites: celle de la vigne ne tient pas compte du face-à-face entre le Christ et l'Eglise; celle du troupeau fait l'impasse sur la liberté des croyants; l'image des noces ne rend pas la dimension encore inaccomplie de la vie de l'Eglise in via et l'image de l'épouse présuppose l'état de soumission des femmes de l'Antiquité.

B. Le dessein de Dieu pour l'Eglise

26. Le dessein de Dieu est de réunir toute la création sous la seigneurie du Christ (Ep 1,10) et d'amener l'humanité et la création entière à vivre en communion. Reflet de la communion dans le Dieu-Trinité, l'Eglise est appelée par lui à servir l'accomplissement de ce but. Elle est appelée à manifester la miséricorde de Dieu à l'humanité et à rendre celle-ci à sa destination naturelle, qui est de louer et de glorifier Dieu avec toute l'armée céleste. Elle n'est donc pas une fin en soi mais un don fait au monde afin que tous croient (Jean 17,21).

27. La mission fait partie de l'être même de l'Eglise. Les chrétiens, qui reconnaissent Jésus Christ comme Seigneur et Sauveur, sont appelés à proclamer l'Evangile en paroles et en actes. Ils doivent s'adresser à ceux qui ne l'ont pas entendu comme à ceux qui n'ont plus de contact vivant avec l'Evangile, la bonne nouvelle du Royaume de Dieu. Ils sont appelés à vivre ses valeurs et à être l'avant-goût de ce Royaume dans le monde.

28. Ainsi l'Eglise, incarnant dans sa vie le mystère du salut et la transfiguration de l'humanité, participe à la mission du Christ qui est de réconcilier toutes choses avec Dieu et les unes aux autres. Par son ministère de service et de proclamation et son intendance de la création, l'Eglise participe à la réalité du Royaume de Dieu et y renvoie. Dans la puissance de l'Esprit Saint, l'Eglise témoigne de la mission divine, de l'envoi par le Père de son Fils au monde pour qu'il en soit le Sauveur.

29. Dans l'exercice de cette mission, l'Eglise ne peut être l'Eglise sans rendre témoignage (martyria) de la volonté de Dieu pour le salut et la transformation du monde. C'est pourquoi elle s'est mise immédiatement à prêcher la Parole, à témoigner des hauts faits de Dieu et à inviter chacun(e) au baptême.

30. De même que la mission du Christ a consisté à la fois à prêcher la Parole de Dieu et à prendre soin de ceux qui souffrent et sont dans le besoin, l'Eglise apostolique, dans sa mission, a allié dès le début la proclamation de la Parole à l'appel au baptême et au service. L'Eglise y voit une dimension essentielle de son identité. Par là, elle est le signe de l'humanité nouvelle que Dieu veut, elle y participe, l'anticipe et sert aussi à proclamer la grâce de Dieu dans les toutes les situations humaines, en particulier les situations de détresse, jusqu'à ce que le Christ revienne dans sa gloire (Mt 25,31).

31. Parce que la souffrance fait partie de la condition de serviteur que le Christ a revêtue, il est évident, comme le disent les écrits du Nouveau Testament, que le chemin de la croix fait partie de la martyria de l'Eglise, que ce soit au niveau individuel ou communautaire.

32. L'Eglise est appelée, avec la force qu'elle reçoit, à partager les souffrances de tous en plaidant la cause des pauvres, des démunis et des exclus et en prenant soin d'eux. Elle le fait en analysant d'un regard critique les structures injustes, en les dénonçant et en travaillant à les transformer. Elle le fait par ses oeuvres de compassion et de miséricorde. L'Eglise est appelée ainsi à guérir les rapports humains mis à mal et à réconcilier. Elle doit être l'instrument dont Dieu se sert pour éradiquer l'hostilité, réconcilier là où il y a divisions et haine, principale cause des souffrances humaines. Elle est aussi appelée, avec tous les hommes et les femmes de bonne volonté, à veiller à la sauvegarde de la création en condamnant la dégradation et la destruction infligées à la création de Dieu comme étant un péché, et à prendre part à Son oeuvre réparatrice en rétablissant les liens brisés entre l'humanité et la création.

33. Dans la puissance de l'Esprit Saint, l'Eglise est appelée à proclamer fidèlement l'enseignement du Christ dans sa totalité et à partager avec tous, et dans le monde entier, l'intégralité de la foi, de la vie et du témoignage apostoliques. L'Eglise cherche ainsi à proclamer et à vivre fidèlement l'amour de Dieu pour tous et à accomplir la mission du Christ pour le salut et la transformation du monde, à la gloire de Dieu.

34. Dieu rétablit et enrichit sa communion avec l'humanité, lui donnant la vie éternelle dans l'être trinitaire de Dieu. A travers l'humanité, l'univers entier est destiné à parvenir à la restauration et au salut. Ce plan divin trouve son accomplissement dans le ciel nouveau et la terre nouvelle (Ap 21, 1), dans le Royaume de Dieu.


Retour à la table de matières / Prochain chapitre: II. L'Eglise dans l'Histoire /
Retour à la liste des documents de Foi et Constitution