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Le 7 avril 1999

DEUX FOIS P¬QUES?
Vers une date commune pour la célébration de Pâques


"Eh bien, nous achèterons les oeufs de Pâques en solde", dit en riant Peter Bouteneff, secrétaire de Foi et constitution au Conseil oecuménique des Eglises (COE) et membre de l'Eglise orthodoxe d'Amérique. Cette année, la fête de Pâques orthodoxe tombe le 11 avril et il devra faire patienter ses enfants encore quelques jours.

Une seule foi en la résurrection, mais deux dates pour la fête de Pâques. Comment en est-on arrivé là ? En suivant deux calendriers différents: le calendrier grégorien, qui remonte au 16ème siècle et est utilisé principalement par les Eglises d'Occident, et le calendrier julien, plus ancien, dont les Eglises orthodoxes se servent pour calculer la date de Pâques.

Dagmar Heller, elle aussi secrétaire auprès de Foi et constitution, explique ainsi cette divergence: "Le problème du calendrier est lié au fait que l'année astronomique - c'est-à-dire le temps d'une révolution de la Terre autour du Soleil - ne correspond pas exactement à 365 jours. Mais comme, pour régler la vie quotidienne, il faut absolument découper l'année en tranches égales, on a résolu le problème en introduisant l'année bissextile. Le calendrier grégorien est plus proche de la réalité astronomique que le calendrier julien. Selon le premier, l'année civile compte 26 secondes de plus que le temps d'une révolution de la Terre autour du Soleil; tandis que selon le calendrier julien, l'écart est de onze minutes quatorze secondes. Actuellement, le calendrier julien accuse une différence de 13 jours avec le calendrier grégorien; en l'an 2100, cette différence atteindra 14 jours."

Dans les régions où les chrétiens des traditions d'Orient et d'Occident se côtoient tous les jours et parfois même constituent une minorité, comme au Proche-Orient par exemple, cette situation est ressentie comme étant particulièrement douloureuse.

La conférence qui s'est tenue à Alep (Syrie) en mars 1997 sous les auspices du COE et du Conseil des Eglises du Moyen-Orient pour progresser vers l'établissement d'une date commune de Pâques, constitue sans nul doute un jalon important dans les efforts faits pour aplanir les obstacles existants. A cet égard, il est important que l'on ait reconnu que les différences dans les méthodes de calcul de la date de Pâques n'étaient pas dues à des divergences théologiques fondamentales.

En outre, pour parvenir à une date commune de Pâques, la Conférence a fait plusieurs recommandations: on continuera de fixer la date de Pâques le dimanche qui suit la première pleine lune du printemps, selon la méthode de calcul admise par les Eglises en Orient et en Occident, et comme l'a décidé le Premier Concile de Nicée en 325. Toujours selon ces recommandations, on calculera les données astronomiques (l'équinoxe de printemps et la pleine lune) "par les moyens scientifiques les plus exacts possibles". Enfin, comme base de calcul, on prendra "le méridien de Jérusalem, lieu de la mort et de la résurrection de Jésus".

D'autre part, la Conférence d'Alep a exprimé l'espoir de voir introduire la nouvelle méthode de calcul en l'an 2001. En effet, cette année-là, selon les deux calendriers julien et grégorien, la date de Pâques tombera le 15 avril. Cette célébration de Pâques à la même date, ont déclaré les participants à la Conférence, "ne devra pas être l'exception mais la règle".

De son côté, la Huitième Assemblée du COE, réunie à Harare (Zimbabwe) en décembre dernier, a parlé dans son message de l'espoir de parvenir à une date commune de Pâques: "Nous nous sommes réjouis du développement de la koinonia (communion) entre chrétiens dans de nombreux endroits du monde, et nous affirmons une fois encore que Dieu nous a appelés à continuer de croître dans cette communion afin qu'elle devienne réellement visible. Nous nous réjouissons des signes de cette croissance comme, par exemple, l'espoir de parvenir à une date commune de Pâques."

Les premières réactions des Eglises
Actuellement, les Eglises d'Orient et d'Occident sont engagées dans un processus de consultation. Dagmar Heller résume en quelques mots les premières réactions des Eglises: "D'après les premières réactions reçues jusqu'à présent, on constate que plusieurs Eglises et groupes ont entrepris d'étudier sérieusement le rapport d'Alep. La Conférence de Lambeth et la Fédération luthérienne mondiale ont vivement engagé leurs Eglises membres à examiner les propositions de ce rapport." Et, ajoute Dagmar Heller, la Conférence des Eglises européennes va faire de même. La secrétaire exécutive de Foi et constitution a également reçu des réactions positives de la part de différentes Eglises et de fédérations nationales d'Eglises. Elle cite notamment les baptistes, les Eglises libres, les méthodistes, les catholiques-chrétiens, les presbytériens et les quakers. Enfin, la réaction positive du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens à Rome mérite particulièrement l'attention.

En revanche, poursuit-elle, les réactions du côté orthodoxe sont plus diversifiées. Le Patriarcat de Moscou se réjouit de cette initiative, mais vu la situation interne que connaissent actuellement les Eglises, il ne se voit pas en mesure d'aborder la question pour le moment. Le Patriarcat oecuménique réagit pour sa part de manière positive, tout en restant sur la réserve en ce qui concerne la mise en pratique; l'Eglise orthodoxe grecque, elle, se montre "carrément critique". "Par contre", souligne Dagmar Heller, "l'Eglise orthodoxe syrienne voudrait voir la proposition d'Alep se concrétiser le plus tôt possible".

Dagmar Heller, tout comme son collègue orthodoxe Peter Bouteneff, prônent la patience. Déjà maintenant le cycle liturgique, dans l'orthodoxie, suit des calendriers différents, fait remarquer Peter Bouteneff. En outre, le débat interorthodoxe n'est pas encore terminé.

Tous deux pensent que la discussion doit se poursuivre dans les années qui viennent. Du côté occidental, déclare Mme Heller, il faut souligner bien clairement "qu'il ne s'agit pas d'imposer un système occidental aux Eglises orthodoxes". En résumé, dit-elle, "en Occident et au Proche-Orient, il faut montrer plus de patience; du côté orthodoxe, il faut instaurer la confiance".

On prévoit de réunir une nouvelle conférence sur la date commune de Pâques en l'an 2001. Elle aura pour tâche d'évaluer les progrès accomplis jusque-là et d'établir un plan des nouvelles mesures à prendre.


Pour toute information complémentaire, s'adresser à: Karin Achtelstetter,
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Communiqués de presse et documents COE 1999

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